Remodelage social



Edito du Monde



'en déplaise au bureau national du Parti socialiste, le discours de Nicolas Sarkozy, mardi 18 septembre au Sénat, ne s'apparente pas à "un véritable plaidoyer en faveur de la confrontation sociale". Si le président de la République n'a renoncé à aucune promesse du candidat, il a esquissé un véritable remodelage du système français de relations sociales. Son "nouveau contrat social", selon une formule trop usitée pour être neuve, repose sur trois piliers : la remise du travail et de l'emploi "au coeur" des politiques sociales, la "conciliation de la mobilité et de la sécurité" pour les salariés et le "juste équilibre" entre responsabilité et solidarité.

La modernité sociale de M. Sarkozy consiste d'abord à mettre l'individu au centre du système et à valoriser le mérite, la réussite, l'efficacité, rompant avec les fondements plus collectifs du modèle français. Il y a donc bien sur ce sujet un vrai clivage entre la droite et la gauche. Mais la tonalité du chef de l'Etat n'est pas va-t-en guerre. S'il a, à l'évidence, plus de connivences avec le Medef qu'avec les syndicats, M. Sarkozy n'a pas procédé à un copier-coller des revendications patronales. Il n'a pas parlé de contrat de travail unique et il a mis l'accent sur la nécessité de revaloriser les bas salaires. Et s'il veut "aller plus loin" dans l'assouplissement des 35 heures, c'est en s'appuyant d'abord sur la bonne volonté contractuelle des partenaires sociaux.

Cette ouverture se retrouve sur la question sensible des régimes spéciaux de retraite. M. Sarkozy n'a pas parlé d'alignement - à la différence de François Fillon, qui n'a pas été mentionné une seule fois dans le discours -, mais d'harmonisation, celle-ci devant être menée "entreprise par entreprise, pour tenir compte des spécificités de chaque régime". Et l'ensemble de ces réformes, dont le financement par un Etat lourdement endetté et handicapé par une croissance atone n'a pas été évoqué, doit passer par la case "dialogue social".

La stratégie de M. Sarkozy est cohérente, mais elle pèche par la précipitation de son rythme. Il veut aller "vite", quitte à imposer des cadences infernales à la négociation. Le cahier des charges est clair : "Quand il y aura eu accord, la loi le reprendra", mais, a-t-il précisé en s'écartant de son texte écrit, "si l'accord est un faux accord, l'Etat a le droit de le dire".

C'est la limite de la méthode. Le chef de l'Etat peut-il à la fois se déclarer confiant dans la capacité des partenaires sociaux "à dégager des compromis innovants", en ouvrant la voie à la nécessaire refonte des règles de la représentativité syndicale, et prévenir dans un même mouvement qu'il ne transigera "ni sur les objectifs ni sur les principes" ? In fine,la feuille de route des partenaires sociaux revient à mettre en musique les promesses du candidat. Mais pour qu'il n'y ait pas de "faux accord", encore faut-il qu'il y ait de vraies négociations.


Article paru dans l'édition du 20.09.07

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