C'est donc elle, mais pourquoi ?

Par Elisabeth G. Sledziewski, philosophe, maître de conférences de science politique à l'IEP de Strasbourg (université Robert-Schuman).

 

Pour eux c'est elle, donc. C'est elle pour les vieux militants déboussolés de n'avoir pu, cette fois, confier le projet du parti à son secrétaire général. C'est elle pour les nouveaux adhérents qui étaient venus là pour elle. « Oui, c'est elle, c'est la déesse », renchérissent, tels Nadir et Zurga dans Les Pêcheurs de perles, les deux compères compétiteurs qui se gaussaient hier de ses perles sur la mise au pas des profs, les camps de jeunesse ou l'atome iranien.

C'est elle, mais pourquoi ?

Pas pour son discours politique. Il est lisse, plat et terne, même dans les grandes occasions - ainsi cette première déclaration de candidate officielle dévidant les lieux communs -, et ne semble pouvoir prendre du relief qu'avec l'apport ponctuel de propositions gadgets destinées à brouiller les cartes et à faire jaser les médias.Jamais, dans la compétition avec Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius, Ségolène Royal n'a pu, par son propos, faire la preuve qu'elle était politiquement la mieux placée pour battre la droite, et en particulier Nicolas Sarkozy. Ce dernier aurait eu davantage à redouter d'un parti en ligne de bataille classique derrière un poids lourd social-démocrate, ou restructuré sur sa gauche et à l'écoute de l'électorat antilibéral

Mais pour ceux qui l'ont élue, elle a fait la preuve de sa supériorité avec d'autres armes et sur un autre terrain. Celui des images, celui du fantasme et du rêve : quoi de plus important, dans une société où la fiction berce quotidiennement les esprits ?

Qu'importe, en effet Ségolène Royal, avec ses effusions faciles et ses ennuyeux laïus de muse du département, quand resplendit l'icône de « Ségolène » ? « Ségolène », une femme, parce qu'il fallait que ce soit une femme, comme dans les téléfilms. « Ségolène », une femme en blanc, superinfirmière d'un PS pas près d'être remis ni du traumatisme du 21 avril ni de la fracture du référendum européen, et en proie à une puissante dynamique de clivage entre blairistes et marxisants : elle seule, avec son sourire, a pu donner, à des militants si profondément désunis, l'impression que ce n'était pas grave et que pour eux tout allait continuer comme avant.

Pourquoi, alors, ces socialistes endoloris n'imagineraient-ils pas aussi « Ségolène », l'icône, en surveillante chef d'une France vieillie et hypocondriaque, dont la devise, il faut en convenir, se résume depuis quelques années à « Allô maman bobo » ?

Le figaro 18 novembre

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