Il faudrait construire des asiles de cons !, par Dominique Dhombres










Francis Veber est incontestablement, depuis le dîner qui l'a rendu célèbre, le spécialiste contemporain des cons. Une maxime philosophique puissante, dans ce domaine assez large de l'activité humaine, a été exposée il y a bien longtemps dans Les Tontons flingueurs. Les amateurs la connaissent pas coeur : "Les cons osent tout. C'est même à cela qu'on les reconnaît."

 
Ceux qui ont regardé Tais-toi !, dimanche 28 janvier sur TF 1, savent de quoi il s'agit. "Je m'appelle Quentin. Je viens de Montargis" : c'est ainsi que se présente à tous ses compagnons de cellule, depuis 2003, date de son apparition sur les écrans, le crétin cinématographique le plus sympathique de ces dernières années. C'est peu dire que Gérard Depardieu est bon dans ce rôle. Il y a mis un regard d'enfant émerveillé, un désir éperdu d'amitié, et beaucoup d'humanité. C'est un crétin, aucun doute là-dessus. "C'est un petit mental qui a une incapacité totale à s'extraire du présent", constate André Dussollier, remarquable psychiatre. "En clair, il est incroyablement con", ajoute-t-il. "Il faut me débarrasser de lui. Je suis sûr qu'il serait mieux à l'asile", insiste le directeur de la prison.

C'est alors qu'intervient la réplique destinée à devenir culte. "C'est un asile de fous, pas un asile de cons. Il faudrait construire des asiles de cons ! Mais vous imaginez un peu la taille des bâtiments...", déclare le psy. Le directeur en convient. Tout est dit. Quentin est donc un crétin, c'est établi. Mais c'est un crétin qui cherche un copain. Désespérément, en quelque sorte. "J'ai fait un rêve. On était sortis de prison et on s'associait. On achetait un bistrot. A Montargis, par exemple. On l'appelait "Les Deux Amis"." Moi, je servais des cafés, des petits blancs. Toi, tu étais à la cuisine et tu bavardais avec les clients", dit Quentin, allongé sur sa paillasse. Cette déclaration d'amour s'adresse à Jean Reno, alias Ruby, bandit de haut vol, incarcéré lui aussi. Et c'est parti. Quentin ne quittera plus Ruby. Il est devenu son sparadrap, comme celui qui colle parfois au capitaine Haddock. "C'est mon copain", répète Quentin. Il n'en a jamais eu, et pour cause. Il parle trop. Il est lassant, soûlant, même.

"Le cerveau n'est pas lésé", remarque l'interne en regardant la radio de Quentin, qui vient de s'éclater la tête contre un mur pour ne pas être séparé de Ruby. "Il n'y avait pas grand-chose à léser. Qu'est-ce qu'on va lui donner comme traitement ? Je ne voudrais pas l'abrutir un peu plus, il entrerait dans le Livre des records", conclut le psy.

L'équivalent masculin de Bécassine, en quelque sorte. Mais il ne faut pas dire de mal de Bécassine. Comme Quentin, elle a du coeur.

Dominique Dhombres
Le Monde du 30.01.07.
Commentaires (1)

1. max 21/02/2007

très drôle ... comme le film d'ailleurs !

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