Ivan Rioufol: La tyrannie des falsificateurs

Les pandores de la pensée verbalisent : Nicolas Sarkozy a parlé comme Jean-Marie Le Pen. Le président de l'UMP a invité ceux que «cela gêne d'être en France» à «quitter un pays qu'ils n'aiment pas». Le Politburo a ressorti le slogan du FN des années 80 : «La France, aimez-la ou quittez-la» ; ou cette variante de Philippe de Villiers : «La France, tu l'aimes ou tu la quittes.» Le patriotisme serait-il encore un délit ? Le reconnaître : durant ces trente dernières années, Le Pen a pointé certains des bouleversements qui déstabilisent aujourd'hui la société, sa culture, son harmonie. Les électeurs le savent. Dans le même temps, le leader d'extrême droite a tout fait, par ses outrances, pour rendre son discours répulsif pour le plus grand nombre. Mais cette raison ne suffit plus à rendre indigne tout propos s'échappant de la novlangue. Ce n'est pas Sarkozy qui choque, quand il s'exprime ainsi. C'est le PS qui est désespérant, quand il soutient la tyrannie des discours falsifiés. Ceux-là débusquent une xénophobie à tout propos, mais ignorent le racisme et l'antisémitisme de certains immigrés extra-européens. La gauche, qui n'entend que les sociologues qui flagellent la nation et encouragent les exigences des nouveaux venus, empêche la critique des revendications ethniques. Oui, des «Français malgré eux» rejettent leur pays d'accueil. Ils étaient de ceux qui ont enflammé les cités ou terrorisé les jeunes manifestants anti-CPE. Quand le gouvernement annonce, lundi, vouloir instituer une cérémonie solennelle d'accès à la citoyenneté, il convaincrait davantage en imposant aussi un acte d'adhésion aux règles républicaines, voire des déchéances de la nationalité. C'est en bradant son identité que la France se fait mépriser. Le gouvernement, humilié par la rue, a l'occasion de regagner une partie de son autorité avec le projet de loi qui veut restreindre les conditions d'immigration. Toutefois, les mêmes arguments qui l'ont fait fléchir hier – lutte contre la précarité et pour l'égalité des droits – sont affûtés par une gauche ragaillardie et bénéficiant, de surcroît, de l'angélique soutien des Eglises chrétiennes. Un deuxième recul serait une aubaine pour Le Pen. Les belles âmes veulent-elles le voir gagner ? Adeptes du camouflage Dans la série «Taisons ce qui nous menace» : l'unanimité contre Philippe de Villiers, coupable de mettre en garde, cette semaine, contre une infiltration islamiste au sein de l'aéroport de Roissy (Les Mosquées de Roissy, Albin Michel). Le PS l'accuse d'exprimer «une pensée de guerre civile» (Jean-Marc Ayrault), ou de n'être «désormais pas très compatible avec l'esprit de la République» (Julien Dray). Des médias jugent son enquête contestable, sans s'interroger sur leur propre apathie. Toujours ce goût pour camoufler les réalités qui dérangent. L'attrait pour la dissimulation va bien aux falsificateurs. C'est avec bonne conscience qu'ils disqualifient toute lucidité concernant l'idéologie coranique et ses justifications du terrorisme. Ces censeurs illustrent l'esprit de «dhimmitude» (soumission à l'islam), qui s'observe dans une Europe ayant renié ses racines judéo-chrétiennes et qui oeuvre à un «nouvel ordre mondial euro-arabe», en discussion cette semaine à Paris : une politique magistralement dénoncée ces jours-ci par l'experte Bat Ye'or (Eurabia, l'axe euro-arabe, Editions Jean-Cyrille Godefroy). Bat Ye'or : «Le rythme effréné de déclarations délirantes occultant l'islamisme (est) un clair indice de l'aveuglement délibéré des représentants de l'Union européenne. (...) Aussi le cynisme avec lequel ils s'entêtent à tromper leurs concitoyens relève-t-il d'un incroyable mépris à leur égard. On peut se demander si les ministres prennent leurs électeurs pour des ignares et des imbéciles ou s'ils n'ont plus d'autres alternatives que la soumission aux ordres des islamistes et de la Ligue arabe.» La majorité des musulmans vit un islam modéré (la moitié des beurs nés en France vivrait avec une Française, proportion deux fois moindre chez les filles). Il n'empêche : le procès en islamophobie, porté contre ceux qui critiquent les versets ou hadith qui incitent les fidèles à guerroyer contre les non-musulmans, revient à occulter des dangers potentiels, que Villiers a raison de mettre au jour. Depuis, d'autres témoins admettent que Roissy compte des réseaux mafieux, des salles de prière clandestines, des groupuscules salafistes, etc. Broutilles ? La responsabilité de la droite Au fait, Nicolas Sarkozy est-il condamné à s'opposer à Philippe de Villiers, mais aussi à Dominique de Villepin ? La droite peut perdre la présidentielle par ses divisions et ses coups bas. Alors que la gauche trouve des «leçons d'intelligence, d'audace et d'enthousiasme» (Bernard Kouchner) dans la stratégie de Romando Prodi, qui a dû s'allier aux communistes et aux altermondialistes les plus radicaux pour battre d'un cheveu Silvio Berlusconi, la droite républicaine serait bien inspirée de resserrer ses rangs. D'autant qu'elle répond à une même attente, quand elle s'affranchit des interdits et appelle un chat un chat. Mercredi, dans Le Figaro, Mikhaïl Gorbatchev, dernier dirigeant de l'URSS, a rappelé que ce fut la catastrophe de Tchernobyl, voici vingt ans, qui a «ouvert la porte à une liberté d'expression telle que le système que nous connaissions ne pouvait plus perdurer». Sous la pression des réalités, une autre glanost s'installe en France. La droite se doit d'exprimer cette modernité. Allégeance L'absence de réaction de l'Etat aux insultes du président algérien Bouteflika, qui a accusé la France d'avoir «réalisé un génocide» identitaire : un bon exemple de notre allégeance, critiquée par Bat Ye'or dans son livre dérangeant, donc ignoré (lire plus haut). Le Figaro
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