Jospin a-t-il le devoir de se présenter ? par François Rebsamen



Le Parti socialiste s'est renouvelé, il n'attend pas de recours. Il veut assurer la victoire en 2007

Lionel Jospin, l'homme, le camarade qui a théorisé ' Je dis ce que je fais, je fais ce que je dis ', celui qui a déclaré au mois de juin : ' Je ne serai pas un candidat de plus, je veux être une solution et non un problème ', fait chaque jour semble-t-il un pas de plus vers l'annonce de sa candidature. Il en a bien sûr le droit, mais en a-t-il le devoir ?
Posons-nous simplement cette question : qu'est-ce qui justifierait la candidature de Lionel Jospin ?
L'intérêt du Parti socialiste ? Celui-ci compte, en 2006, 210 000 adhérents, soit près du double qu'en 1995, lorsqu'il fallut départager Henri Emmanuelli, premier secrétaire, et Lionel Jospin, à cette époque porté par les sondages. Serions-nous moins forts aujourd'hui ? Depuis 2003, nous avons remporté toutes les élections intermédiaires ; certes nous nous sommes divisés sur l'Europe mais nous avons su restaurer notre unité au congrès du Mans.
Dès lors, quel sens pourrions-nous donner au mot recours que voudrait incarner Lionel Jospin ? Recours par rapport à quel danger ?
François Hollande a été très largement réélu premier secrétaire, il est en cela le garant de notre cohésion. Notre rassemblement n'est nullement menacé, les socialistes n'ont pas peur de leurs débats et des arguments qu'ils échangent. Ils ne craignent pas la comparaison entre les candidats, mais ils redoutent les effets d'une confrontation provoquée, non maîtrisée, que rien ne justifie.
Serions-nous alors à la recherche d'une candidature pour gagner et qui nous ferait défaut aujourd'hui ? Ce n'est faire injure à personne que de constater que la candidature de Ségolène Royal est souhaitée par de nombreux militants et qu'elle dispose, à six mois de l'élection présidentielle, d'un potentiel électoral susceptible de faire gagner les socialistes et la gauche.
Serions-nous à la recherche de candidats capables de diriger le pays ? Tous les candidats déclarés ont du talent et l'expérience requise ; tous ont été ministres, élus ou réélus députés.
Enfin, peut-il y avoir un doute sur la légitimité de nos candidats déclarés à représenter le Parti socialiste ? C'est là le coeur de l'argumentation développée par Lionel Jospin pour justifier sa propre candidature, laissant penser que celle de Ségolène Royal menacerait la conception qu'il se fait de notre parti. Un tel argument n'est pas recevable, car le soutien affiché d'ores et déjà par près de la moitié des dirigeants des fédérations socialistes, un très grand nombre de responsables et d'élus, garantit, si besoin en était, notre unité et l'adéquation de la candidature Royal à l'identité du Parti socialiste, ainsi que son ancrage dans nos valeurs communes.
Les Françaises et les Français veulent ardemment un renouvellement du personnel politique et une profonde rénovation qui puisse leur redonner espoir et confiance dans leur avenir. Ségolène Royal incarne plus que tout autre cette attente, c'est pour cela que sa candidature pèse et s'impose dans notre débat.
Ce débat affecte différemment Lionel Jospin. Son histoire dans le Parti d'Epinay, ses luttes avec nous, devraient lui donner une vision claire de notre histoire collective. Sa place et son rôle au cours de ces trente années font partie de notre culture militante. Les socialistes lui demandent de conserver cette noblesse et cette vérité qu'il a théorisées dans l'action politique. Les pages qu'il a écrites avec les socialistes font notre fierté et figurent en bonne place auprès de celles de François Mitterrand, Léon Blum ou Jean Jaurès.
Mais depuis son départ, notre parti s'est transformé, le cours des choses que nous avons façonné appelle un changement lisible, franc et durable dans lequel pourra se reconnaître avec la gauche une majorité de nos concitoyens. Lors du congrès de Dijon, François Hollande concluait en mai 2003 au retour des socialistes et clôturait nos travaux par cette phrase : ' Nous sommes aujourd'hui en charge de la responsabilité du Parti socialiste. C'est à notre tour d'ouvrir une nouvelle étape, d'écrire une nouvelle page, d'amorcer un nouveau cours. '
Le devoir de Lionel Jospin, en cette rentrée, c'est conformément à l'histoire du Parti socialiste de transmettre le meilleur de son expérience, c'est d'aider les socialistes à construire leur avenir avec les Français, c'est enfin de se mettre à nos côtés au service de la victoire en mai 2007 qui seule lavera l'affront du 21 avril 2002.
Pour toutes ces raisons, pour l'unité de notre parti, Lionel Jospin a l'impérieux devoir de ne pas se porter candidat à la candidature.

François Rebsamen
Maire de Dijon,
numéro deux du Parti socialiste

Le Monde édition du 28 septembre 2006
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