La barbarie à visage féminin par Michèle Fitoussi

La barbarie à visage féminin Casseuses et barbares : une nouvelle typologie de jeunes filles, vedettes de faits divers violents, fait les gros titres de la presse ces jours derniers, suscitant autant d’étonnement que d’effroi. Casseuses : on a vu et revu ces scènes à la télévision, quand on ne les a pas constatées soi-même, ces filles (minoritaires il est vrai, mais bien présentes) accompagnant les « lascars » venus de leurs banlieues casser du manifestant, les encourageant de leurs paroles ou de leurs rires, allant jusqu’à leur prêter main-forte dans le tabassage ou le vol. Barbares : les enquêtes sur les circonstances du rapt et du meurtre d’Ilan Halimi font toutes froid dans le dos, mais celles qui montrent le rôle des filles dans cette pénible affaire sont encore bien plus accablantes*. Ces « meufs », ces « vamps », ces « bimbos » rabatteuses de proies et d’appâts, ou appâts elles-mêmes, nous stupéfient par leur absence totale de sens moral et d’empathie, alors même qu’elles semblaient insérées dans la société : deux d’entre elles étaient encore lycéennes, les autres se préparaient à devenir assistante médicale, assistante sociale ou gardienne de la paix... Certes, nous n’allons pas tomber dans l’angélisme. Nous savons bien, et depuis fort longtemps, que les femmes sont capables du pire ; que la violence ou le crime ne sont pas, n’ont jamais été, l’apanage des hommes. Nous l’avons écrit ici maintes fois, constaté dans des reportages, analysé dans des éditoriaux. Ce qui n’empêche pas encore et toujours le questionnement. Est-ce la parité voulue et appliquée qui donne aux filles d’aujourd’hui – pas toutes évidemment, n’allons pas généraliser là où il y a simplement phénomène – cette faculté de calquer leurs agissements sur les pires agissements masculins ? (Notons au passage que, pour arriver à leurs fins, les « barbares » ont appliqué l’ancestrale division des sexes, et les « appâts », utilisé les recettes les plus éculées de la séduction féminine.) Est-ce l’époque qui, en brisant l’un après l’autre les tabous (langage, idées, comportements), sans capacité à redonner du sens, rend les individus, hommes ou femmes, de plus en plus indifférents aux limites entre bien et mal, imperméables à la souffrance d’autrui ? Ces jeunes filles sont-elles le symptôme de ce qui va si mal dans nos sociétés ? Ou plutôt la conséquence ? Pour marginaux que soient les faits (pour l’instant), ce constat n’a rien de réjouissant. Michèle Fitoussi, le 03 Avril 2006 Magazinz ELLE
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