La drôle de cohabitation socialiste


Depuis vingt-cinq ans, Hollande et Royal ont mené de front leur couple et leur carrière.

Vieux graffiti de la République, Ségolène + François ou François + Ségolène. Une romantique addition gravée sur les bancs de l'ENA, devenue, au fil du temps, une association politique, avec partage des feux de la rampe. Sorte de garde alternée arbitrée par les médias, jusqu'au royal sacre, qui oblige à revisiter l'histoire, à réécouter par exemple Jacques Attali, qui repéra les tourtereaux, en 1980, alors qu'il était l'officieux directeur de cabinet d'un François Mitterrand pas encore élu président. Il nous disait il y a trois ans : «Si on m'avait demandé à l'époque lequel des deux abandonnerait la politique, j'aurais dit sans hésiter : François.»
A toutes les étapes, la même photographie du couple : le petit jovial efficace, doué pour la blague et la dialectique. La belle, ferme et batailleuse. Le drôle et l'emmerdeuse, pour les habitués. A la maison, Hollande et Royal, quatre enfants, ont fait les parents comme ils ont fait de la politique. Lui, grand frère bavard et boute-en-train. Elle, très mère de famille, qui contrôle. Mais parce qu'il était un homme, un intello volubile à l'épais carnet d'adresses, qui copine depuis toujours avec la presse, nul ne voulait voir l'évidence : dans le couple, le tueur était une tueuse.
Si leurs débuts se confondent, les bureaux se jouxtent dans une annexe de l'Elysée, c'est elle qui reste au Château, là où se jettent les sorts politiques, tandis qu'il devient le directeur de cabinet du porte-parole du gouvernement, Max Gallo. Les années 80 laissent d'elles le souvenir flou de son importance, quelques images de la conseillère dans le sillage du monarque.
La décennie qui suit n'arrange pas les choses. Elle est mère et ministre de l'Environnement, sujet qui pointe timidement dans le discours politique : sommet de la terre à Rio, avec sage-femme dans l'avion, photo à la maternité dans Paris-Match, sans lui qui trouve qu'elle en fait trop. A elle, la voiture de fonction avec chauffeur ; à lui, l'Espace familiale avec les miettes sur la banquette arrière. En 1993, humiliantes législatives pour les socialistes, il perd en Corrèze, comme tant d'autres chez eux. Pas elle.
C'est Jospin, Premier ministre, qui va rétablir un semblant de parité chez les Hollande-Royal. Il fait de lui le très rond premier secrétaire du PS, donc un interlocuteur quasi quotidien, tandis qu'il installe Ségolène à dix stations de métro de Matignon, dans un sous-ministère. C'est sans compter l'opiniâtreté de la dame qui, par le congé paternité, enfant né sous X, pornographie à la télé et strings sortant du pantalon taille basse des jeunes filles, incarne le quotidien, à un moment où le discours politique et ses ténors fatiguent. Et lorsqu'en mars 2004, elle enlève la région Poitou-Charentes, un communiqué du planning familial dit sa colère «parce qu'on a trop fréquemment entendu que la seule femme présidente de région est la compagne de François Hollande». Inutile de s'énerver. Très vite, un autre mot semble murmurer l'avenir : présidentiable. Celui-là aussi, ils l'ont un moment partagé. Elle s'y est accrochée, il s'est laissé griser. Il savait bien que c'est à elle que ça allait le mieux.
Judith Perrignon
Libération 17 janvier 2007

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×