La gauche doit offrir une alternative, par Lionel Jospin

LE MONDE | 07.04.06

Le long conflit provoqué par le contrat première embauche (CPE) n'est que le dernier avatar d'une crise persistante que la France devra dénouer pour retrouver son équilibre.
Le CPE est emblématique de la façon de penser et d'agir de nos gouvernants actuels. C'est un projet mal conçu, mal conduit et qui pourrait être mal conclu.
Mal conçu, car l'action pour l'emploi des jeunes – même utile, comme hier les emplois-jeunes – ne peut se réduire à un dispositif spécifique. Elle doit s'inscrire dans une politique économique et sociale globale créant des emplois et qui, pour réussir, doit être équilibrée et donc équitable. Mal conçu, car on pouvait deviner que la jeunesse refuserait un contrat dont le principe est l'arbitraire. Quant aux salariés, ils ont compris ainsi la logique du pouvoir : après le droit de licencier pendant deux ans sans justification donné aux entreprises de moins de vingt salariés (CNE), puis à toutes les entreprises pour les moins de 26 ans (CPE), viendrait le droit de licencier sans justification tout salarié dans toutes les entreprises.
Mal conduit, parce que le gouvernement s'est enfermé dans un double passage en force. L'un, social, qui lui a fait exclure, au mépris d'une loi qu'il avait lui-même voulue, toute négociation ou consultation avec les syndicats. L'autre, politique, puisque, après avoir imposé le contrat nouvelles embauches (CNE) par ordonnance, l'exécutif a eu recours au 49-3 pour éteindre les critiques exprimées au Parlement à propos du CPE. Enfin, une fois le blocage constaté, le gouvernement n'a jamais saisi les occasions qui lui étaient offertes de négocier pour trouver une issue. Il a spéculé sur l'usure du mouvement ou la lassitude des Français. Il a pris son entêtement pour de l'autorité. Il s'est trompé.
Ce projet sera-t-il mal conclu ? On ne peut l'exclure. En effet, le président de la République, dans son intervention, n'a pas choisi la voie nette du retrait du CPE. Il ajoute à la confusion. Il promulgue le texte comportant le CPE au nom du respect de la loi. Mais dans le même temps, il déclare cette loi caduque, enjoignant au gouvernement et aux chefs d'entreprise de ne pas l'appliquer et demandant au Parlement d'en rédiger une autre. Les Français en sont sidérés.
Aujourd'hui, on a du mal à démêler qui, au pouvoir, a la responsabilité de rechercher le dénouement, entre le président qui alterne silences et rappels à l'ordre, le premier ministre qu'on a dessaisi de son projet, le ministre de l'intérieur qui met en scène sa prétendue prise des commandes et la majorité parlementaire qui a pour tâche incertaine de dénaturer le CPE.
Le mouvement de protestation reste puissant, les jeunes confirment leur détermination, le trouble a saisi le pouvoir : tout indique au Parlement où est la voie de la raison. La majorité ne doit pas finasser ni céder à l'illusion de la ruse, elle doit mettre fin au conflit. Comme projet, le CPE est déjà mort. Il l'est, naturellement, s'il est abrogé, comme le réclament les responsables du mouvement et comme le proposent les socialistes. Il le serait aussi, dans les faits, si la droite en altérait la substance en s'obstinant à en préserver le symbole. Mais ce serait courir le risque de l'irritation sociale, du malaise politique et de la multiplication des contentieux juridiques. Le pouvoir doit avoir la sagesse d'en finir franchement avec un projet sans avenir. Telle est sa responsabilité.
Pourquoi, après la flambée des banlieues, cette révolte de la jeunesse ? Pourquoi, après les sanctions sans appel des élections régionales et européennes en 2004, le non au référendum de 2005? Pourquoi le président de la République bat-il des records d'impopularité et le premier ministre est-il vidé de sa force en moins d'un an? Pourquoi cette morosité des Français, qui tourne à la colère ? Pourquoi ce regard déconcerté des étrangers sur la France?
C'est sans doute que la période politique ouverte par la dernière élection présidentielle n'a jamais trouvé son sens. Après un premier tour dispersé et un deuxième tour rassemblé contre l'extrême droite, le pouvoir n'a jamais respecté le vote singulier dont il était issu. Il n'a pas dit : "J'en suis comptable." Il a pensé : "Pourquoi se gêner ?"
Un temps, la position prise sur l'Irak a fait illusion, car elle était, sur le fond, partagée. Mais, très vite, l'ampleur et la complexité du vote du 5 mai 2002 ont été oubliées. Pourtant, un exercice moins clanique du pouvoir, des gestes d'égard envers les électeurs de gauche, une politique économique et sociale moins délibérément inégalitaire auraient donné plus d'équilibre et peut-être même un sens à ce mandat si étrangement commencé. Il n'en a pas été ainsi. Le pouvoir a appliqué sans ménagement des projets qui n'avaient pas été véritablement arbitrés par le peuple. Efficace, cette politique aurait peut-être été supportée. Mais elle n'a été qu 'injuste. Elle a bridé la croissance, freiné l'emploi, creusé les déficits, accru la précarité et les tensions sociales, démoralisé le pays, isolé la France. En outre, elle s'est déployée sur un fond permanent de divergences et de rivalités de personnes qui discréditent l'autorité de l'Etat.
La gauche n'est pas responsable de la politique du pouvoir. Mais elle l'a rendue possible. Et elle serait coupable de la laisser se perpétuer. Toute la gauche, celle qui veut gouverner comme celle qui ne l'envisage pas, est face à cette question cruciale : laissera-t-elle la droite se succéder à elle-même avec des conséquences plus dommageables encore pour le pays ? Il est temps d'apporter la réponse.
La France a besoin d'une politique juste, d'une autorité respectée, d'un changement conduit dans le calme, de confiance et d'espoir. La responsabilité de la gauche est de les lui donner. Car à quoi servirait-il de dénoncer une politique, de soutenir les mouvements qui lui résistent, de réfléchir à des propositions différentes si la gauche ne se rassemblait pas pour offrir une alternative ?

Lionel Jospin a été premier ministre de 1997 à 2002.
Commentaires (3)

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