La rupture est consommée entre les députés de l'UMP et Dominique de Villepin



Plaidant pour la " diversité " dans la majorité, le premier ministre a été malmené, mardi 9 janvier, par le groupe de son parti à l'Assemblée, qui exige l'unité derrière M. Sarkozy
C'est la dernière salve ", reconnaissait Axel Poniatowski, député du Val-d'Oise et fidèle de Jean-Pierre Raffarin, peu après la réunion de rentrée du groupe UMP de l'Assemblée nationale, mardi 9 janvier, qui a vu le premier ministre, Dominique de Villepin, se faire malmener par les élus de sa majorité. Jamais, de mémoire de parlementaire, un chef de gouvernement n'avait eu à affronter une telle bronca de la part de ceux qui sont censés le soutenir.
La réunion commence dans un climat tendu. Plusieurs députés, dont Claude Goasguen et Edouard Balladur, s'élèvent contre l'accumulation de textes venant en discussion dans les prochaines semaines. Ils émettent de sévères jugements sur certains d'entre eux, qu'ils jugent " mal faits, inutiles et dangereux ", notamment la révision constitutionnelle du statut du chef de l'Etat qu'ils menacent de ne pas voter le texte. Mais, cette fois, c'est un élu du Haut-Rhin, Jean-Luc Reitzer, qui allume la mèche. Déplorant le " mauvais climat qui règle au sein de la majorité ", il en appelle au " devoir d'unité ". " Nos électeurs sont désorientés et furieux ", poursuit-il, approuvé par bon nombre de ses collègues, et il met notamment en cause les déclarations du premier ministre et de Jean-Louis Debré, qui ont annoncé leur intention de ne pas participer à la désignation du candidat soutenu par l'UMP. " Et si Sarkozy trébuche, on fait quoi et avec qui ? ", conclut M. Reitzer, vivement applaudi.
" VA TE FAIRE ÉLIRE ! "
M. de Villepin prend immédiatement la parole pour dire son désaccord, jugeant que " l'unité n'est pas suffisante " et qu'" il faut convaincre au-delà de son camp ". Mais quand il lance : " Je n'ai pas la même expérience que vous ", il est cueilli par une bordée d'apostrophes. " Cela se voit ! ", " On le sait ! ", " Va te faire élire ! "... Face au brouhaha qui va crescendo, il continue néanmoins, " avec courage ", selon ses derniers partisans. Il plaide pour la " diversité ". " J'ai le sentiment qu'aujourd'hui le compte n'y est pas et que nous ne gagnerons pas dans ces conditions ", assure-t-il, affirmant vouloir " permettre au candidat qui représentera notre camp d'avoir ce supplément nécessaire de capacité de rassemblement ".
Mais le premier ministre a atteint un tel point d'isolement dans son camp que ses propos sont devenus inaudibles. " Il est arrivé que la majorité parlementaire soit en discordance avec le gouvernement, commente M. Goasguen. La situation présente est inédite : on a un chef du gouvernement en discordance avec sa majorité. "
Le président du groupe UMP, Bernard Accoyer, tente dans un premier temps de ramener le calme en " suppliant " M. de Villepin et M. Sarkozy " de se parler, de se rapprocher ". " Au soir de la dissolution de 1997, j'ai pleuré pour la première fois pour des raisons politiques, confie le député de la Haute-Savoie. Je ne veux pas qu'on pleure en 2007. "
Alors que le premier ministre, " livide ", selon plusieurs présents, est acculé, le président de l'UMP ramasse la mise. " On ne peut pas se quitter comme cela ", commence-t-il. Il appelle " ceux qui ne - le - privilégient pas " à " ne pas s'exprimer contre - lui - ". Puis, s'adressant à M. de Villepin : " Le rassemblement n'est peut-être pas la condition suffisante, mais c'est la condition nécessaire. " Et, considérant que " le 14 janvier sera le premier jour de la conquête ou le premier pas de la défaite ", il conclut : " Dominique, j'ai besoin de vous. "
L'intéressé ne s'attarde pas parmi les élus à l'issue de la réunion mais, rejoignant dans la rue Brice Hortefeux, le bras droit de M. Sarkozy, il explose de fureur : " C'est vous qui avez tout organisé. Si ça continue comme ça, je me présenterai ! " Une hypothèse cependant, à laquelle bien peu nombreux sont ceux qui l'envisagent, et encore moins ceux qui l'espèrent.
En revanche, les mises en garde se multiplient dans la majorité pour " mettre fin à ce parasitage ", comme le qualifie M. Poniatowski. " Il faut faire cesser ce spectacle qui nous nuit ", estimait Alain Juppé, mercredi matin, sur Europe 1. Edouard Balladur, sur RTL, ne disait pas autre chose, jugeant " ce spectacle désespérant et ridicule ".

 

Patrick Roger

Le Monde 14 01 2007

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