Le coup d'Etat de Ségolène Royal au PS


Sans chapelle, sans courant, sans autre soutien au début qu'une équipe réduite et sa détermination, Ségolène Royal s'est imposée au PS comme la candidate ' probable ' pour porter les couleurs du parti en 2007. En un an, la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes a fait tomber les unes après les autres les digues. Parti trop tard dans la compétition, Lionel Jospin, qui espérait renverser la tendance en multipliant ses interventions dans la dernière ligne droite, a lui-même fini par se retirer, jeudi 28 septembre, deux jours avant l'ouverture officielle du dépôt des candidatures au PS. Victime, comme les autres, du coup d'Etat Royal.
François Hollande a toujours refusé de constituer un courant, persuadé que l'investiture reviendrait à celui qui saurait rassembler sans être prisonnier d'une écurie. C'était déjà son credo quand il tenta l'aventure des ' transcourants ' au milieu des années 1980. Vingt ans plus tard, la synthèse imposée par le premier secrétaire du PS au congrès du Mans, en novembre 2005, après la division des socialistes sur la Constitution européenne, porte encore la marque de cette ambition : devenir l'incontournable maître du jeu en se plaçant au-dessus des clans.
Mais, ce rêve, c'est Ségolène Royal, ex-transcourant elle aussi, qui l'a réalisé. Contre son compagnon qui, après neuf années passées à diriger le PS, a dû plier. Contre la certitude de Laurent Fabius d'être le seul à pouvoir ' faire le job '. Contre Dominique Strauss-Kahn, longtemps persuadé qu'il incarnerait la rénovation. Contre Jack Lang, qui pensait conserver le talisman de la popularité. Mme Royal les a tous dépouillés de quelque chose.
Sa force, elle l'a acquise à l'extérieur du parti, en prenant à témoin l'opinion et les sympathisants, qui n'ont cessé, sondage après sondage, de la protéger. Une démarche d'autant plus couronnée de succès qu'elle s'est appuyée sur une révolution de l'appareil, - préparée là encore par François Hollande -, avec l'arrivée massive de nouveaux adhérents à 20 euros, plus supporteurs que militants.
Bien qu'elle soigne son image rénovatrice, Mme Royal fait pourtant partie depuis plus de vingt ans de la famille socialiste. Ancienne conseillère de François Mitterrand à l'Elysée, trois fois ministre, à l'environnement (1992-1993), à l'enseignement scolaire (1997- 2000) et à la famille (2000-2002), députée des Deux-Sèvres sans discontinuer depuis 1988, élue présidente de Poitou-Charentes en 2004, elle a tout d'un éléphant du PS. Mais elle n'a jamais partagé les codes de la tribu.
Ses interventions à la tribune de l'Assemblée sont rares. Sa présence dans les grand-messes du PS discrète. Ségolène Royal ne dispute jamais la scène à ceux qui savent retourner des salles en leur faveur. Son hostilité affichée encore aujourd'hui pour les ' débats internes ' organisés par le PS entre les candidats n'est pas feinte. Pour elle, comme elle l'a confié à Dakar, au Sénégal, mardi 27 septembre, ces débats se résument à un moment ' pénible '. Elle ne partage pas plus l'engouement des éléphants pour les banquets républicains. Elle n'aime pas la foule. Et lorsque les militants se pressent trop autour d'elle, brandissant par-dessus les têtes leurs téléphones portables pour la prendre en photo, il n'est pas rare qu'elle choisisse de s'isoler dans une pièce ou de changer de trajectoire...
Son dédain pour la culture du parti énerve. ' Il faut y avoir mené des combats ', répète Lionel Jospin. ' Je vois beaucoup de futilité, je vois beaucoup de course à l'opinion... ', a dénoncé l'ancien premier ministre. ' Quand j'entends un socialiste dire : 'Les Français sont les meilleurs experts, et même meilleurs que les experts'', je dis que c'est de la pure démagogie ', ajoutait-il. Les opposants de Mme Royal l'ont accusée d'importer des méthodes à l'américaine, ' primauté des sondages, pipolisation, parti de supporteurs '. Un comble pour Laurent Fabius, qui avait subi le même procès, dans les années 1990, sans en retirer, lui, le moindre bénéfice !
Mais rien de tout cela n'a fait ' craqué ' la favorite des sondages, qui se dit ' habitée '. Qu'elle soit désignée ou non par les militants, lors du vote organisé par le PS, les 16 et 23 novembre, Ségolène Royal sera parvenue, pour la première fois dans l'histoire des socialistes, à organiser une primaire dans l'opinion avant la primaire dans le parti.

ISABELLE MANDRAUD
© Le Monde
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