Les visions de Bernadette

« Il n’y a qu’un homme politique à l’Elysée, c’est moi ! » (1) Cette conviction de Bernadette Chirac n’a jamais été – malheureusement – partagée par le locataire du palais présidentiel.
Sinon, il se serait épargné moult déboires et nous aurait fait économiser bien des conseillers. Plutôt que d’envoyer chaque année sa femme courir la croisière jaune pour récupérer quelques piécettes qui coûteraient parfois plus qu’elles ne rapportent (comme l’a calculé un retraité de Montélimar), il aurait dû boire ses paroles et appliquer ses conseils à la lettre. Dès le début de leur mariage, elle a été contre l’idée d’une carrière politique pour lui. Et elle le lui a fait savoir. Au point que, lorsqu’il se présente au conseil municipal de Sainte-Féréole, petite commune de Corrèze, elle refuse le soir des résultats d’aller tartiner – comme il le lui demande – des sandwichs avec les épouses des autres candidats (2).
Il faudra l’intervention furieuse de son beau-père pour qu’elle se soumette. Commence alors, pour celle qui se considère comme une tortue face à son Speedy Chiraquès, une longue carrière de colleuse d’enveloppes.
Prévenir et tenter de guérir devient sa devise. Sarkozy ? Dès qu’elle sent que l’ancien fils spirituel, banni après sa « trahison » balladurienne en 1995, serait moins dangereux dans le sérail qu’en dehors, elle met leur réconciliation sur la place médiatique. Deux phrases lui sont alors attribuées : « Ce petit salaud, il a tout de même bien du talent ! » et « Il faut tourner la page en politique, sinon, on ne va nulle part ». Hélas ! Trois fois hélas ! C’est Dominique de Villepin que son mari choisira pour remplacer Jean-Pierre Raffarin à Matignon. « C’est la pire décision que vous aurez prise, vous le regretterez », lui aurait alors lancé devant témoins Bernie la Cassandre. A cette époque, même si Clearstream n’était encore qu’une rivière claire, Jacques Chirac aurait dû prendre en compte les imprécations de sa compagne.
N’avait-elle pas réussi, en 2002, à l’ébranler en pronostiquant le score renversant du Front national ? Et « Néron » – comme Madame Chirac surnomme Villepin (3) depuis qu’elle le sent capable d’incendier la République comme l’empereur romain le fit de Rome – ne l’avait-il pas déjà conduit droit dans le mur en lui conseillant, quelques années auparavant, la dissolution de l’Assemblée nationale ?
Mais ainsi va la vie des maris trop tard marris : à vau-l’eau ! Si, l’année prochaine, les électeurs donnent raison à Bernadette Chirac qui dit de Ségolène Royal : « Elle a un look, un style, elle peut gagner », l’histoire retiendra qu’à l’Elysée il y eut pendant douze ans une vraie « Madame Irmac ». Mais qu’elle prédisait dans le désert.

ELLE - Marie-Françoise Colombani, le 15 Mai 2006

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