Mesdames déloyales par Michèle Fitoussi

Mesdames déloyales
Avons-nous les politiques que nous méritons ? Pendant que, à droite, un combat à la déloyale oppose les chefs de meute, à gauche, c’est dans la cour de récré des filles qu’on se castagne.

Au Parti socialiste, elles se sont mises à 143 (un clin d’oeil bien lourdingue au manifeste des 343 salopes défendant la liberté de l’avortement en 1971) pour taper sur Ségolène Royal, au nom, tenons-nous bien, de la parité dont on se demande ce qu’elle vient faire ici. Anne Hidalgo, Michèle Sabban et Annick Lepetit, que nous avons connues un peu mieux inspirées, ont fomenté cette micro-révolte de couloir pour dénoncer la « pipolisation », non pas des candidats à l’investiture (Lang, Fabius, Strauss-Kahn, Hollande ou Jospin sont apparemment de parfaits inconnus), mais de la seule candidate qui émerge au PS (la faute paraît-il aux sondages et donc aux médias qui les publient). Et, par une acrobatie audacieuse dont elles ont visiblement le secret, elles jurent qu’elles ne sont pas « anti-Ségolène ».
A en juger par les commentaires acerbes du public sur leur blog (quelques-uns seulement, les autres, en majorité hostiles, ont paraît-il été effacés), cette initiative fera sans doute long feu. Mais elle n’aura fait qu’ajouter à la perplexité ambiante. Soyons clairs : ce n’est pas en partisan ou adversaire de Ségolène Royal que l’on s’exprime ici. Faut-il le rappeler, cette dernière n’obtiendra une éventuelle investiture que de ses camarades socialistes et certainement pas des sondages ou de la presse. Non, c’est le mot « ahurissement » qui vient au bout de la plume, et tant pis pour notre indécrottable naïveté féministe. Que ces « rebelles » soient opposées à l’avancée de Royal, comme bon nombre de socialistes, c’est évidemment leur droit le plus absolu. Qu’elles le fassent savoir au sein de leur propre parti, dans des réunions internes, quoi encore de plus normal…
Mais qu’elles se médiatisent pour dénoncer la « médiatisation », qu’elles se regroupent en pool de filles pour éviter qu’on voie dans leur démarche un complot machiste (et nous ne tomberons pas dans le piège téléphoné qui consiste à les traiter de « jalouses »), qu’elles scient enfin leur propre branche (« un sabotage », s’indigne l’historique féministe Yvette Roudy), voilà de quoi en rire si ce n’était pas triste à pleurer : décidément, à droite comme à gauche, c’est la cacophonie qui sert de programme. A moins que ces mouches du coche ne soient plus fines qu’il n’y paraît. Et qu’à la question « mais pour qui roulent-elles ? », la réponse soit : mais pour Ségolène ! Rien de tel qu’une bonne mise à l’index pour remobiliser les foules.

Michèle Fitoussi, le 08 Mai 2006
Magazine ELLE
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