Pierre Perret et le politique

Pierre Perret est content, il vient de "faire" Drucker, une "spéciale" du dimanche avec archives à l'appui - son papa chantant du comique troupier, habillé en gendarme, les oreilles en feuilles de choux (les volets, en bon argot, les contrevents, version méditerranéenne). "Mon père m'a fait apprendre la musique malgré moi ; je n'avais aucune ambition, j'étais contemplatif, heureux dans rien, j'allais chercher des grillons dans les prés." Mais Pierre Perret remplit le contrat paternel : réussir dans la variété alors que papa n'avait pas pu, empêché par son propre père. Une fois passée l'introspection familiale, Pierre Perret, 72 ans, revient au présent : commander "du coloré" (du vin), et parler de Mélangez-vous, son nouvel album paru chez Adèle, le label qu'il a fondé avec son épouse Rebecca afin d'échapper "à toute la machinerie du show-bizz, aux chapelles". En tournée, devant des salles pleines, auteur de livres à succès, dont Le Café du pont, une autobiographie, Pierre Perret se souvient d'un concert donné devant vingt mille personnes au festival des Vieilles Charrues, à Carhaix (Finistère), en 1999, qui se termina par une ovation en forme de "Pierrot président". Aimeriez-vous être président ? (Rire) Les actualités comptent-elles pour vous ? Bien sûr, je suis toujours dedans. La Petite Infirmière, par exemple, est une chanson commencée en 1976, que j'ai ressortie de mes cahiers d'écolier pendant la canicule de 2003. Les conditions à l'hôpital étaient désastreuses, les gens sont morts comme ça. Je le prends en riant, car l'humour est le ressort de la vérité. Il y a vingt-cinq ans que Lily figure dans les livres d'école. Parmi les douze nouvelles chansons - j'en avais treize, mais avec Rebecca, ce n'était pas possible -, il y a Mélangez-vous ou Malika, l' écolière africaine qui s'est taillée, la cousine de Lily. Ou elle passe le plumeau chez un bourgeois ou elle tapine sur le périphérique. C'est une douleur d'aujourd'hui. D'ailleurs, le sort des prostituées est injuste : l'Etat prélève 60 % de leurs revenus et les insulte ensuite. A côté, il y a l'infirmière, douze heures de travail par jour, un salaire de rien. La société est dure avec les femmes. Vous vous en prenez pourtant aux femmes libérées et aux Chiennes de garde (La Femme libérée). Non, je me moque des deux, hommes et femmes, dans leurs excès. Moi, j'ai toujours pris les patins des femmes, pour les défendre. Elles doivent se battre, on y arrivera un jour. De même, on m'a reproché d'être homophobe dans Le Tabou du sexe ("J'vois deux mecs poilus comm'des gorill's/Qui s'roulaient des pelles sous la charmill'"). Non. J'avais écrit Le Zizi pour bousculer, à une époque où le sexe était tabou. Maintenant, tout s'est inversé. Et je pense qu'on ne peut pas tout montrer. La moquerie est le ton suprême, il ne faut pas s'en départir. Croyez-vous que quand on n'aime pas la France, on doive la quitter, comme l'a suggéré le ministre de l'intérieur ? Quand on prétend devenir chef de l'Etat, ce sont des propos dangereux. Nicolas Sarkozy devrait laisser cela à Le Pen. "Racaille", "Kärcher", ce sont des écarts de langage insupportables qui font un mal fou aux gens de ces cités, où j'ai vécu. Par ailleurs, que le représentant en aspirateurs qui n'a pas fini de payer sa voiture se la fasse brûler, c'est aussi injuste. Mais ce n'est pas avec des mots qui tuent que l'on va régler le problème. Qu'ont-ils fait pour mériter d'être traités de racaille ? Quand j'ai composé La bête est revenue, en 1998, on m'a dit : "Mais c'est fini !" Eh bien, non ! Je viens d'inaugurer la dixième école publique qui porte mon nom en France, à Haisne, près de Béthune. Il y en a une autre de l'autre côté de la frontière, à Ans, en Belgique. C'est à 2 kilomètres du Musée de l'Holocauste, j'y ai entendu six cents gosses chanter La bête est revenue. J'ai été deux fois Prix de la Licra. Ce n'est pas pour entendre "racaille", "sous-hommes", etc. Avec Malika, on va encore m'envoyer des lettres imbéciles où l'on m'appelle "Mohammed Perret" ! Vous êtes de gauche ? J'ai le coeur à gauche, je n'ai pas de carte de parti. Etre à gauche, c'est être attentif à la misère des autres. Ressentir avec son coeur, avec ses tripes. Quelle a été votre première chanson engagée ? Ma première, écrite en 1956, sur un banc, face au "Chien qui fume", un bistrot de Montparnasse. Un soir d'été, j'étais fauché, et je pensais aux bien plus vieux que moi qui l'étaient aussi, j'ai sorti mon carnet : "Rien à se mettre sous la dent/Depuis fort longtemps/Le père la mère et le fils/Fumaient du maïs/... Et jusqu'à leur chien bon Dieu/Qui fumait sa queue/Le prince passe/Il va nous donner du pain/Le prince passe/Et leur donne du gourdin." Le prince passe est peu passé à la radio, contrairement à Moi, j'attends Adèle, que Lucien Morisse, d'Europe n° 1, adorait. Mais, là, j'avais démarré sur mes deux pompes, pas à cloche-pied ! Mélangez-vous est aussi un retour à la chanson coquine, notamment avec Le Séant déchaîné. "Elle avait le séant déchaîné/Elle me dit si tu redresses ton mât d'acier/Tu verras le p'tit raz de ma raie" (rire). Propos recueillis par Véronique Mortaigne Article paru dans l'édition du 06.05.06 Critique Un monde d'humour et de mots crus LE MONDE | 05.05.06 Jétais un gamin déluré, éveillé et timide, pas frondeur. J'ai un peu trop vieilli pour me faire enfant, même si je le suis resté", dit Pierre Perret, donnant ainsi la meilleure définition qui soit de son nouvel opus, Mélangez-vous. Alors qu'il s'apprête à fêter cinquante ans d'une carrière atypique et fructueuse, "Pierrot", champion de la gouaille et de l'argot de terrain, revient en forme, costard crème et chemise blanche, bouille en rondeur sur la pochette. Appel à l'antiracisme (Mélangez-vous, pour un métissage frondeur), à la liberté de la presse (Liberté zéro, coup de griffe contre les dictatures chinoise, africaines, russe, cubaine...), à la justice sociale, les douze chansons se promènent dans un monde d'humour et de mots crus. Il y a aussi T'as pas la couleur, coup de gueule contre les radios formatées, "degrés zéro de la liberté", lettre écrite "sans acrimonie ni règlement de comptes" à Georges Brassens, "qui aujourd'hui ne passerait plus à la radio". Pour habiller ces chansons en tailleur Perret, comme on dirait du classique Chanel, le chanteur a repris ses habitudes avec Jean Claudric, arrangeur historique de la chanson française (de Joséphine Baker à Michel Sardou, Dalida ou Johnny Hallyday). Accordéon (Roland Romanelli), choeur, vents, cordes ("les plumiers les plus pointus") renouent avec la chanson à chanter, qui fédère sans peur du populisme ni des bons sentiments. Ainsi les enfants (qui ne comprennent pas forcément les "éroticoquineries" de Perret), les jeunes en goguette et les fans accumulés autour de 363 chansons déjà enregistrées, reprendront en choeur, à l'ancienne, comme si Internet n'avait jamais existé : "Elle était infirmière/Dans un hôpital blanc/Moi j'avais un ulcère/Qui nageait dans l'vin blanc". Avec plaisir. Mélangez-vous, CD Adèle/Naïve. Véronique Mortaigne Article paru dans l'édition du 06.05.06
Commentaires (2)

1. jewellery earrings (site web) 30/05/2010

good

2. THE COSBY SHOW dvd (site web) 28/02/2012

En faisant des recherches sur la fibromyalgie, je suis tombée par hazard sur l'hommage à Gwidoo et en suis bouleversée.
Je me souviens de nos échanges de mails sur ses êtres papillons, magnifiques et poétiques.
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ANGRY BEAVERS DVD
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