Remettre la France dans le jeu, par Thomas Ferenczi

Chronique


es partenaires européens de la France attendent de ses futurs dirigeants qu'ils remettent leur pays au centre du débat communautaire. "La France boude", déplore Ulrike Guérot, chercheuse à Berlin. Le moment est venu pour les Français, pense-t-elle, de sortir de la double marginalisation à laquelle ils se sont condamnés par leur rejet du traité constitutionnel et par leur défiance à l'égard de l'élargissement.

Les Français doivent comprendre que les temps ont changé et que l'Europe d'aujourd'hui, celle de l'après-communisme et de la réunification, ne ressemble pas à celle d'hier, dans laquelle le couple franco-allemand faisait la loi. Ils sont invités à reconnaître que leur influence n'est plus ce qu'elle était. Il leur faut désormais, comme le dit un expert italien, Antonio Missiroli, renoncer à construire "une Europe plus française" pour tenter de bâtir "une France plus européenne".

Ces spécialistes de l'Union européenne participaient, avec d'autres, mardi 6 février à Bruxelles, à un débat organisé par trois cercles de réflexion - Confrontations Europe, European Policy Centre, Fondation pour l'innovation politique - sur le thème "La France et l'Europe à la veille de l'élection présidentielle : réconciliation ou divorce ?".

Réconciliation ? Le Polonais Witold Orlowski, directeur de l'Université de technologie de Varsovie, n'y croit pas trop. Il n'est pas le seul à penser que les Français tiennent trop à leurs "exceptions" pour accepter de revenir sans attendre dans le jeu européen. Il y a loin de la rhétorique politique, qui dit oui à l'Europe, à la réalité des comportements, qui va en sens contraire, estime l'eurodéputé finlandais Alexander Stubb.

Divorce ? Chacun veut espérer que celui-ci ne durera pas et que la vieille technique du bouc émissaire, dont la France se sert volontiers, cessera bientôt d'être en usage. Selon Paul Magnette, directeur de l'Institut d'études européennes de l'Université libre de Bruxelles, elle fonctionne déjà moins bien, ce qui est le signe d'un changement de ton. Ni réconciliation ni divorce, affirme Witold Orlowski, pour qui la France et l'Europe pratiquent la "cohabitation". Ce n'est pas encore l'entente cordiale, ce n'est pas vraiment la séparation. Paul Magnette note que les hommes politiques français tiennent un discours européen, mais que celui-ci est déconnecté de leurs autres discours, comme s'ils étaient incapables d'établir un lien entre les deux registres. Les deux grands candidats à l'élection présidentielle sauront-ils, en cas de victoire, rendre à la France sa place en Europe ?

Ni Nicolas Sarkozy ni Ségolène Royal n'étaient présents, mais deux députés européens, Alain Lamassoure pour l'UMP, Benoît Hamon pour le PS, les représentaient. Qu'a-t-on retenu de leurs propositions ? Qu'ils ont l'un et l'autre de grandes ambitions pour l'Union. Pour M. Hamon, l'enjeu majeur est "la place de l'Europe dans la mondialisation" au moment où elle est en quête d'une nouvelle "raison d'être". Pour M. Lamassoure, les priorités sont la gouvernance économique, la gestion de l'immigration, l'énergie et l'environnement, la politique étrangère et la défense.

Et les institutions ? L'un et l'autre plaident pour un nouveau traité. M. Sarkozy ne parle plus d'un "mini-traité", précise M. Lamassoure, mais d'un "traité ordinaire", qui sera soumis au Parlement. Mme Royal souhaite un "vrai traité", indique M. Hamon, sur lequel les Français se prononceront par référendum. Consultation populaire ou ratification parlementaire, c'est peut-être la principale différence entre les deux candidats. Pour retrouver le chemin de l'Europe, la France, selon la droite, doit s'interdire d'échouer en prenant le risque d'un référendum. Selon la gauche, elle ne saurait se passer de l'adhésion populaire

Thomas Ferenczi

Le Monde

 

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site