Sexe faible s'abstenir, par Gabriel et Daniel Cohn-Bendit

Dominique Strauss-Kahn, Jack Lang, Laurent Fabius et, de manière encore trouble, Lionel Jospin, tous ont en commun avec Ségolène Royal d'être candidat à la candidature socialiste pour la présidentielle. En novembre, les militants, dont l'un de nous deux, feront leur choix.

Alors que la frénésie bat son plein, difficile pour nous de ne pas interpeller les ténors du Parti socialiste. Ségolène n'est pas concernée par cette interpellation, parce que nous n'avons ni entendu ni lu la moindre attaque de sa part contre ses rivaux. Elle dit ce qu'elle veut faire et comment elle pense le faire. Soit dit en passant, nous n'avons ni lu ni entendu d'attaque des ténors contre les autres candidats mâles. Par contre que n'avons-nous pas lu et entendu, clairement dit ou sous-entendu, contre Ségolène ! En gros elle n'aurait rien dans le ventre ni dans la tête. Rappelons à tous ce vieux proverbe : 'Quand deux têtes se cognent et que ça sonne creux, ce n'est pas toujours à cause de la tête de l'autre.'

 


Comment croire à la perspicacité politique de gens qui n'imaginent même pas que Ségolène puisse l'emporter dans le PS et qu'il faudra ensuite combattre ensemble le candidat de la droite ? Déjà Nicolas Sarkozy et ses seconds couteaux reprennent les arguments prémâchés : 'La présidentielle n'est pas un concours de beauté', vient-il de déclarer en plagiant, sans le citer, Jack Lang. Dans un élan digne de ses amis machos, Martine Aubry est même allée jusqu'à dire de Ségolène qu'elle n'avait pour elle que sa séduction et ses 'mensurations'. Séduction 'bassement terrestre' alors que certains autres candidats semblent avoir la préséance en matière de quotient intellectuel.

L'agrégé d'économie qu'est Dominique Strauss-Kahn aspire à un débat sur son terrain pour que soit enfin reconnue son incommensurable supériorité sur Ségolène. Est-il nécessaire de rappeler que François Mitterand n'était pas un grand économiste ? Mais il avait de bons ministres, dont précisément Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius ou Jacques Delors, et un conseiller, Jacques Attali, qui remplit la même fonction auprès de Ségolène. Lionel Jospin a pour sa part créé un conseil d'analyse économique pour lui donner des avis...

Quant au débat avec les jeunes socialistes, imaginons que Ségolène, émue de tant d'agressivité, ait eu la gorge serrée, quelques tremblements dans la voix, qu'elle ait même retenu une larme. Le tollé que cela aurait fait ! Tous, et Lionel Jospin en premier, auraient sans aucun doute dénoncé cette sensiblerie féminine. Immanquablement, on lui aurait reproché de jouer sur l'affectif, d'être incapable de maîtriser tant ses émotions que ses nerfs dans une situation difficile. Mais la mâle émotion de Lionel, elle, a fait l'admiration de ses fidèles. Alors que les excuses de Ségolène et l'échéange constructif qu'elle a pu finalement avoir avec la jeune militante socialiste, après son épisode de défaillance à Quimperlé n'ont suscité que ricanements.

Que les choses soient claires : quelle que soit la préférence de l'un et l'autre pour le premier tour, si nous soutenons Ségolène au sein du PS, c'est non seulement parce qu'elle est la personne la plus apte à battre Nicolas Sarkozy au second tour, mais en plus parce qu'elle est la seule qui réponde à un besoin profond de la société française : la transformation de la fonction présidentielle. Elle est, en effet, la seule à incarner ce besoin d'une présidence citoyenne, à l'écoute de la société et capable de mobiliser les intelligences collectives pour le bien du plus grand nombre. Et nous croyons par ailleurs que, une fois installée au 'palais royal' de l'Elysée, elle saura s'entourer de conseillers, de ministres, d'amis, parmi lesquels se retrouveront les ténors, capables de démocratiser les prises de décisions.

Aux ténors dès lors de se ressaisir, car demain c'est ensemble qu'ils devront combattre le candidat de la droite et après-demain, nous l'espérons, qu'ils seront au pouvoir tous ensemble et avec d'autres, heureusement pas tous socialistes, avec qui ils se compléteront très bien. Que chacun dise ce qu'il a à dire au lieu de croire se grandir en rabaissant la seule concurrente féminine car, en réalité, c'est l'effet contraire qui se produit : eux se rabaissent et elle en sort grandie.

Daniel Cohn-Bendit est député européen Vert.

Gabriel Cohn-Bendit Nouvel adhérent socialiste.

 

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