Une politique brutale et xénophobe

La circulaire du 13 juin, insatisfaisante pour les sans-papiers, n'est qu'une façon pour Nicolas Sarkozy de restaurer son image.

Par Pierre CORDELIER, Jean-Michel DELARBRE


Le ministre de l'Intérieur, accusé d'organiser la chasse à l'enfant par u nombre sans cesse croissant de citoyens (plus de cent mille personnes on signé la pétition «Nous les prenons sous notre protection»), voulait restaure son image et calmer le jeu face à une mobilisation unie contre l'immigratio jetable organisée par son projet de loi Sarkozy 2 et face à une solidarit grandissante avec les jeunes menacés. Il a mis en place un contre-feu, l circulaire du 13 juin, et a nommé un médiateur chargé d'en contrôle l'application
La volonté affichée était de montrer à la fois fermeté et humanité. On comprend mieux aujourd'hui la composition de ce cocktail improbable : un zeste d'humanité pour cinq volumes de fermeté. Le médiateur se laisse maintenant oublier après avoir convaincu rapidement de sa propension à parler sans savoir et en ignorant les associations notamment le Réseau éducation sans frontières, dont l'action acharnée avait conduit à deux assouplissements successifs de la politique ministérielle. Et la circulaire se révèle être ce que nous avions dénoncé : une régularisation insuffisante et discriminatoire, une menace potentielle pour bien des étrangers.
Certes, des familles vont être régularisées. Plus nombreuses d'ailleurs que ne s'y attendaient les services préfectoraux, débordés par l'immense espoir soulevé parmi les étrangers qu'on maintenait depuis des années en situation irrégulière. Mais combien d'autres n'ont pu faire acte de candidature ou seront rejetées, dont les «attaches avec la France» n'étaient pas moins réelles. Quid des familles dont l'un des membres est en situation régulière et dont le conjoint ou l'enfant n'obtiendront jamais le regroupement familial ? Quid des célibataires que la loi Sarkozy 2 va priver à vie de tout espoir de régularisation ? Quid des jeunes scolarisés entrés après 13 ans qu'on va continuer à expulser à leur majorité ? Quid des familles sans enfants et de tous ceux, déboutés du droit d'asile ou non, qu'on continue à renvoyer sans états d'âme vers les situations de misère ou de violence qu'ils avaient réussi à fuir ?
Derrière le rideau de fumée de la régularisation Sarkozy, les expulsions continuent, qu'il s'agisse de célibataires, de familles ou de jeunes scolarisés. Dire aujourd'hui, contrairement à ce qui avait été annoncé par la préfecture de Paris, que les critères de régularisation sont cumulatifs, oser annoncer, avant même leur examen, que 70 % des dossiers seront refusés, cela signifie pour des milliers de familles qui ont posé leur demande dans le cadre de la circulaire du 13 juin rester dans le non-droit et l'angoisse quotidienne. Elles doivent toutes être régularisées. Et les horreurs que nous constatons une mère de famille privée de la possibilité d'allaiter son enfant, des Tchétchènes reconduits vers ce pays sûr qu'est la Russie, etc. ne sont pas des accidents de parcours, mais bien les indices d'une politique brutale aux relents xénophobes que la nouvelle loi Sarkozy va contribuer à multiplier, en limitant de façon drastique les possibilités de recours et de défense.
Et pourtant, la France change : beaucoup ont pris conscience, à travers les campagnes menées, que l'étranger n'est pas forcément une menace, mais notre voisin, un parent d'élève de notre école, un travailleur dont l'activité est indispensable...
C'est pour s'opposer à des politiques successives inhumaines, sans cesse durcies et la loi Sarkozy récemment votée est une honte pour un pays qui s'enorgueillit d'être «le berceau des droits de l'homme» , que fut créé, en juin 2004, le Réseau éducation sans frontières, à l'initiative d'enseignants. Des enseignants témoins des dégâts, sur leurs élèves enfants de sans-papiers, des discriminations dont étaient victimes leurs parents, et, pour cela, engagés aux côtés des sans-papiers dans leur lutte pour la dignité et le respect de leurs droits fondamentaux (sur les questions du refus de scolarisation, du logement, du saturnisme et, bien sûr, des papiers). Dès sa naissance, RESF a dit, sans ambiguïté, que son action faisait partie intégrante de la lutte générale des sans-papiers. Par la sensibilisation de l'opinion publique, par les reculs obtenus, cette action a drainé des gens qui ne se souciaient pas auparavant de la question des sans-papiers et qui nous ont rejoints dans la lutte commune.
Mais une lutte efficace contre la politique répressive du ministre de l'Intérieur passe forcément par le rassemblement : sans-papiers, forces politiques et syndicales, associations, collectifs locaux de toute nature, élus, citoyens, l'urgence est de lutter ensemble pour une régularisation de tous les étrangers sans papiers vivant parmi nous et pour une politique de l'immigration plus généreuse, ouverte et digne.

Liberation 31 juillet 2006
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