L’étranger ne doit plus être le bouc émissaire Par Martine Aubry, maire de Lille (PS), et Adeline Hazan, députée européenne (PS).


La gauche peut proposer une vraie politique migratoire qui ne consiste pas en une fermeture des frontières, mesure simpliste et illusoire.

Nicolas Sarkozy est persuadé d’«avoir engagé un mouvement de réforme sans doute comme jamais depuis la Libération».Et pourtant les premiers résultats d’un échec annoncé sont là : échec économique, angoisse financière et régression sociale. Mais l’homme qui se présente comme celui de la «rupture» n’assume pas sa responsabilité dans la situation actuelle. Notre modèle social est en effet en ligne de mire. Il y aurait trop de fonctionnaires, de réglementations, de salariés non mobiles et paresseux… Quand toutes ces attaques ne suffisent pas, le bouc émissaire favori revient en force : l’étranger. Nous n’avons jamais pensé que les frontières de la France devaient être ouvertes à tout vent, que l’ensemble des sans-papiers présents à un moment donné sur notre territoire devaient être régularisés.
Mais nous savons que la seule répression n’est pas une solution à l’immigration. Un exemple : que n’a-t-on applaudi, y compris à gauche, sur la fermeture de Sangatte. Et pourtant ces hommes et ces femmes sont toujours là, vivants dans des buissons, des voitures, des microbidonvilles, à Lille et dans toute sa région.
Le vote d’une quatrième loi en moins de cinq ans n’est-il pas à lui seul un aveu d’échec ?
La philosophie est toujours la même. La loi s’attaque à la dignité des personnes, affaiblit les protections collectives et fait de l’arbitraire la règle contre le droit. Il faut à la fois «choisir» son immigration et rendre la vie des étrangers impossible. Ce second point est au cœur du texte qui vient d’être voté à l’Assemblée nationale. C’est une nouvelle charge contre le regroupement familial pour permettre au ministre Hortefeux d’inscrire sa marque dans un débat qui, depuis plus de trente ans maintenant, est le fonds de commerce d’une droite qui n’aime jamais tant les étrangers que quand ils sont corvéables à merci, et gardent leur famille à distance.
On le sait, la droite aime la famille, mais la famille française. C’est pour cela qu’elle cherche à se préserver des couples mixtes et des familles étrangères, qui risqueraient de diluer cette fameuse identité nationale. Voilà qu’on va demander des tests ADN aux étrangers pour prouver leur lien de filiation. Cette mesure crée un malaise, y compris dans les rangs de l’UMP. Malaise, dit-on ! Pourquoi pas scandale. Il est en effet scandaleux d’utiliser les progrès de la génétique à des fins de contrôles des entrants sur le territoire pour des raisons familiales. La loi bioéthique encadre largement les tests ADN à des fins de recherche, à des cas de santé extrêmes, ou bien à la demande de la justice.
Vingt-trois mille entrants par ce biais chaque année, quelques dizaines de cas de fraude. Il faut bien sûr les contrôler et les sanctionner, mais pas comme cela. Et que dire de la notion de la famille promue par ce texte, réduite au lien du sang, alors que la loi française reconnaît évidemment les enfants adoptés dans la famille et que Nicolas Sarkozy souhaite reconnaître des droits «aux beaux-enfants» dans des familles recomposées, mais bien sûr des familles françaises.
Alors, certains camarades socialistes nous appellent à rompre avec l’angélisme. Mais quel angélisme ?
Alors que fait-on pour apporter des réponses de fond à cette immigration dont on ne dira jamais assez qu’elle n’est pas faite de stocks et de flux, mais d’hommes et de femmes qui fuient la guerre, la misère, et auxquels il a fallu un courage immense, une rage de vivre, pour partir ainsi en laissant tout derrière eux. Alors, ne croyons pas que les murs et les barbelés, aussi hauts soient-ils, pourront arrêter ce mouvement. C’est là angélisme à le penser, ou simplisme à vouloir le faire croire. Les Français sont capables de comprendre la complexité d’un tel problème.
Quelques propositions concrètes pour une vraie politique de l’immigration : renforcer l’aide au développement, non pas seulement financière mais économique et en matière de santé et d’éducation, en s’attaquant à ses causes ; conclure des accords négociés et non imposés avec les pays d’origine sur les politiques de visas, d’aller-retour des travailleurs qui sont sur notre territoire ; engager des moyens de codéveloppement avec les mesures d’accompagnement qui y sont liées ; assouplir largement la politique des visas pour les étudiants ; rendre possible le droit de vivre en famille par un regroupement familial clair, sachant que nous disposons déjà de moyens pour empêcher l’entrée des familles polygames par exemple. Regroupement familial qui doit bien sûr imposer l’acquisition de la langue française et la connaissance des droits et devoirs de la République. Qui le refuserait ? Régulariser largement sur certains critères, comme l’Espagne et l’Italie l’ont fait, sans donner une prime aux filières clandestines mais en reconnaissant ceux qui sont ici depuis longtemps et qui font la preuve de leur insertion. La politique actuelle crée sans cesse plus de précarité et donc d’étrangers en situation irrégulière. Ce ne sont pas les coups de menton sur le retour au pays de vingt-cinq milles expulsés par an, l’organisation de véritables «rafles» ou les convocations des préfets - tancés par manque de résultats chiffrés ! - qui résoudront la question. Combien de défenestrations faudra-t-il pour que le gouvernement prenne la mesure du désarroi de ces familles ?
Chaque homme, chaque femme, chaque enfant étranger sur notre territoire a la même part d’humanité en lui que nous-mêmes. Les Français le savent bien. Sinon auraient-ils pleuré ces enfants morts dans les trains d’atterrissage des avions ou dans des rafiots sombrant dans la mer aux portes de l’Espagne ou de l’Italie ? Se seraient-ils autant mobilisés au sein du Réseau Education sans frontières pour empêcher l’expulsion des parents d’enfants scolarisés, les amis de leurs enfants, qu’ils ont voulu traiter comme les leurs ?
Rappelons aux Français ce que les étrangers nous ont apporté pour défendre et construire notre pays. Disons-leur simplement que l’égoïs­me des pays riches, la non-répartition des richesses sont les causes essentielles du désespoir menant vers l’immigration, ou parfois même vers le terrorisme. Montrons-leur qu’un autre monde est possible. Pas celui de la loi du plus fort, ici, en France, comme dans le monde. Celui de règles justes et respectées alors par tous. La France n’a jamais été grande dans son histoire lorsqu’elle a été repliée sur elle-même. Prenons garde à ne pas raviver des peurs que Nicolas Sarkozy brandit pour masquer les injustices et les erreurs de sa politique.
Ayons le courage de porter des valeurs de solidarité et d’humanité. Une société plus solidaire est aussi une société plus efficace, plus juste et plus heureuse.


QUOTIDIEN : jeudi 4 octobre 2007



Commentaires (1)

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