La mélancolie n'exclut pas la comédie, par Dominique Dhombres




Chronique

LE MONDE | 15.10.07 |

ernard-Henri Lévy était, dimanche 14 octobre, l'invité de Serge Moati sur France 5. Il venait parler de son dernier livre Ce grand cadavre à la renverse(Grasset) et se livrait à un éloge inattendu de la mélancolie. Le goût du bonheur est évidemment préférable dans la vie, mais pas en politique, selon lui. "En politique, je pense que le grand partage est entre le lyrisme et la mélancolie. Les lyriques ont fait un mal de chien, à droite et à gauche. Les lyriques de droite, ce sont les fascistes. Les lyriques de gauche, ce furent les communistes haute époque. Aujourd'hui, je pense qu'il faut introduire un peu de mélancolie dans tout cela", expliquait-il. C'était dit plutôt joyeusement, sous les yeux de Serge Moati, qui, comme à son habitude, se livrait à toutes sortes de facéties et clignements d'yeux. Le titre du livre est tiré de la préface de Jean-Paul Sartre à l'oeuvre de Paul Nizan Aden Arabie. En 1960, lors de la réédition du texte de Nizan paru en 1932, Sartre qualifiait la gauche de "grand cadavre à la renverse où les vers se sont mis".Le général de Gaulle venait de revenir au pouvoir. En 2007, la gauche a perdu, pour la troisième fois d'affilée, une élection présidentielle. Elle a aussi perdu beaucoup de ses illusions. Bernard-Henri Lévy théorise en quelque sorte cette situation. "On est sorti du temps des hommes et des femmes providentiels. On est sorti du temps de l'absolu sur Terre. Je crois à la politique comme art du compromis. Ce n'est plus le souverain bien. Ce n'est plus l'histoire universelle qui nous amènerait vers la société bonne", affirme-t-il. La politique consiste donc à choisir le moindre mal. Ce n'est guère enthousiasmant, mais moins dangereux que les illusions lyriques de jadis. Cet éloge de la mélancolie est aussi celui de l'athéisme en politique. "Le ciel politique est vide. Il n'y a pas le Bien en majesté, le Diable en majesté. La politique, ce n'est pas l'affrontement du diable et du bon Dieu", dit-il. Ségolène Royal était donc un moindre mal. Et Nicolas Sarkozy ? Le livre de BHL commence par une conversation téléphonique, le 23 janvier 2007, avec ce dernier, qui n'était encore que candidat. C'est une scène de théâtre, que Serge Moati rejouait avec son invité. Le candidat invite le philosophe à le rallier, comme vient de le faire André Glucksmann. "Sois courageux, mon petit Bernard, sois courageux. Sors de ton lit !", s'exclame Nicolas Sarkozy. "Je t'en prie. Il est trois heures de l'après-midi", réplique BHL, indigné. "Je sais. Prends-toi par la main ! Donne-la moi, ta main, et on va y aller tous les deux faire la révolution, tu verras. Tu ne vas pas te mettre contre moi, quand même !", conclut le candidat. La mélancolie en politique n'exclut pas la comédie.

Dominique Dhombres

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