Quel ADN, pour quelle opposition ? Par Pierre Marcelle




QUOTIDIEN : mardi 16 octobre 2007

Malédiction de Guy Môquet (suite)

Parmi nombre d’initiatives qui prétendront, lundi prochain, faire pièce à la propagandiste instrumentalisation de la mémoire de Guy Môquet, celle-ci, initiée par «des élèves et anciens élèves du lycée Carnot» se proposant d’accueillir, dans un «vaste rassemblement de protestation» (1), le chef de l’Etat attendu en pompe tricolore dans leur établissement. Contre ce qu’ils regardent comme «une véritable profanation de sépulture», leur «lettre aux professeurs» sollicite ceux-ci dans ces termes : «Professeurs, nous vous invitons à suivre vos élèves […]. Nous attendons votre aide […]. Nous savons que certains d’entre vous pensent qu’il est de leur devoir (et c’est l’argument le plus confortable), en tant que fonctionnaires, de suivre les ordres de l’Etat. Mais la seule chose que nous devons suivre, c’est ce que nous indique notre propre conscience ; et vous qui êtes nos professeurs, vous vous devez de nous montrer l’exemple : parfois, il faut savoir désobéir au nom d’un idéal supérieur.»

 

 

(1) lundi 22 octobre, 8 heures, 145, boulevard Malesherbes, 75017. Contact mail à l’adresse rose_et_reseda@hotmail.fr.

ADN, nous voilà

A quelques heures de la réunion, ce mardi, de la commission parlementaire qui décidera du sort à faire au vicieux et génétique amendement Mariani, on ne prendra pas de pari. Le barouf qu’a déclenché l’initiative du député vauclusien a fait du terme ADN un enjeu dont l’inscription – ou non – dans la loi dira si Sarkozy a choisi de lâcher un peu la bride à ses ultras ou de desserrer la laisse au col de ses jokers ; de légitimer une initiative parlementaire, ou de conforter l’«ouverture», à l’heure où celle-ci fait désordre – ou diversion, c’est selon les points de vue.

Entre le «dégueulasse» de la secrétaire d’Etat Amara et le «petit con prétentieux» du conseiller Guaino adressé à «l’anti-France» (1), le président Tout tranchera. De quelque façon qu’il tranche, il ramassera la mise. Et devra remercier Thierry Mariani d’avoir contribué, via son amendement, à refonder au moins une opposition plus festive que celle qui persiste à considérer que la loi Hortefeux, dans sa totalité autant que dans le détail de son ADN, constitue une ignominie.

Je ne sais si le concert de dimanche au Zénith restera comme le «premier meeting d’opposition de l’ère Sarkozy» que l’éditorial de Libération aspirait samedi à identifier. Je ne doute pas, en revanche, qu’il s’inscrit comme acte fondateur d’une opposition qui pulvérise les frontières de la gauche telle qu’elle se constitua en l’unité, sinon l’union, de ses valeurs (parmi lesquelles la très évidemment légitime opposition à tout projet de fichage génétique).

Je doute cependant que nombre de signataires de la pétition anti-ADN y fassent référence sans arrière-pensées… Le paraphe d’un Villepin que trop d’affaires poursuivent, et saisissant là une occasion de s’afficher vertueux, y laisse sceptique autant que l’invocation, en référence, par le sénateur Pasqua, de sa résistance antinazie. Et je peine à distinguer, derrière les protestations du centre et la grande ombre de sa Sainte Mère l’Eglise, autre chose qu’une façon d’exister.

Mon côté sectaire, sans doute… Oui, si vous voulez.

 

(1) Stigmatisée, en l’occurrence, dans la personne de Bernard-Henri Lévy – grand vivant renversant et membre du conseil de surveillance de Libération – à l’occasion de la promotion de son dernier opus dicté par le souci de refonder «la gauche».

Petit reportage

Jeudi, à la gueule béante du métro Rome, un miséreux tout cabossé tout couturé, l’index et le majeur écartés en ciseaux devant sa bouche, vous demande muettement une cigarette. Puis, le pouce mimant la pression sur la roulette d’un briquet, du feu, comme un droit. Là, ce n’est plus une requête, c’est une exigence. Vous la satisfaites, et même, le sourire qui va avec, vous pouvez l’offrir en sus et de bon cœur. Pas un sourire narquois, hein, ni un sourire contraint… Un sourire bienveillant, un bon sourire. Votre interlocuteur vous toise alors durant plusieurs longues secondes, et soudain vous tend la main. Cette main, c’est seulement après que vous l’aurez serrée qu’il vous murmurera un franc merci. A cet instant, vous comprenez que vous venez de passer un examen d’humanité.

D’où l’on miaule

Assez considérablement réduit en son volume par la nouvelle formule de son support, ce bloc-notes, avant même l’interdiction totale de la consommation d’herbe à Nicot dans les lieux mêmes où s’en fait le commerce, s’est rebaptisé «No Smoking» ; sans cependant que son auteur ait résolu de cesser de fumer.




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