Un gros chat sans griffes ?, par Dominique Dhombres



LE MONDE

ne des grandes institutions de l'Etat offrait, lundi 5 novembre, un spectacle saisissant. Créée par Napoléon en 1807, la Cour des comptes fêtait en grande pompe son bicentenaire. Moyennant quoi, on voyait poser l'un à côté de l'autre Nicolas Sarkozy et le premier président de la Cour, Philippe Séguin, au milieu des deux cents magistrats qui ont pour mission de contrôler les comptes publics. La différence de gabarit entre les deux hommes produisait un contraste impressionnant. Le premier paraissait tout petit par rapport au second, emmitouflé d'hermine de surcroît. C'était Titi et Gros Minet... Philippe Séguin était l'invité de David Pujadas, dans le journal télévisé de France 2, lundi soir, et la métaphore féline revenait inexorablement.

"La Cour des comptes est un gros chat sans griffes", disait l'économiste Christian Saint-Etienne. La Cour publie certes de volumineux rapports sur les gaspillages et les fraudes dont se rendent coupables les diverses administrations, mais ses recommandations restent ensuite lettre morte. Le gros chat ne l'entendait pas de cette oreille. Tout d'abord, il contestait l'idée que la Cour puisse être dotée à l'avenir de pouvoirs de contrainte. "Nous serions alors dans un autre régime que la démocratie, nous serions dans le gouvernement des juges", disait-il. "Si la Cour des comptes ne servait à rien, si elle ne voyait pas l'essentiel de ses recommandations suivies d'effet, vous croyez vraiment qu'elle aurait survécu pendant deux cents ans ?", demandait-il. Tout au plus admettait-il que l'institution n'a pas assez fait savoir, par le passé, qu'elle avait permis de mettre fin à certains abus. Mais c'est aux pouvoirs publics qu'il revient d'agir.

"Nous disons ce nous avons observé. Nous recommandons, nous préconisons des solutions. C'est ensuite aux responsables politiques de décider s'ils donnent suite ou non", affirmait-il. Ils le feraient, selon lui, dans la majorité des cas. Il en voulait pour preuve l'affaire de la fiscalité des stock-options. La Cour des comptes coûte chaque année 200 millions d'euros à l'Etat. Rien qu'avec sa recommandation sur les stock-options, elle devrait lui en rapporter le double... Le dossier rassemblé par France 2 était plus contrasté. Pour rester dans le domaine animalier, la Cour a publié en 2002 un rapport sévère sur la Société protectrice des animaux, ses détournements de fonds et l'hygiène douteuse de certains chenils. La situation s'est améliorée depuis. Mais d'autres rapports, sur la Sécurité sociale, ou les contrôleurs aériens, n'ont pas eu le même succès. Et l'avenir du gros chat lui-même ? Ne se verrait-il pas prochainement entrer au gouvernement ? La question le faisait ronronner de plaisir. Mais il affirmait vouloir rester à son poste jusqu'en 2012.


Dominique Dhombres
Article paru dans l'édition du 07.11.07
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