Sarkozy et de Gaulle, par Eric Le Boucher


'il est une véritable rupture qu'installe Nicolas Sarkozy, c'est bien sa référence au général de Gaulle, énoncée ces derniers jours pour les institutions comme pour l'économie. Jacques Chirac, radical-socialiste dans sa moelle, aura été une quintessence d'anti-de Gaulle. Réhabiliter la politique, qui est le coeur du projet sarkozyste, impose de rompre, de se coiffer du képi du grand homme, de réinstaller la Ve d'origine, de reconstruire un Etat crédible, puissant et vénéré. On comprend.

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On comprend mais on doute. Charles de Gaulle est mort il y a trente-sept ans, en quoi est-il encore d'actualité ? A imiter le passé, Nicolas Sarkozy risque de se construire une image en toc. Plus grave, si la France de 2007 a besoin comme la France de 1958 d'un "redressement", les méthodes doivent-elles être les mêmes ? Le gaullisme, appuyé sur l'Etat-nation, n'est-il pas dépassé à l'heure de la globalisation ?

Le monde actuel n'a plus grand-chose à voir avec celui d'après-guerre. Le Sud se décolonisait douloureusement, aujourd'hui, Chine et Inde reprennent la place de premier plan qu'elles avaient perdue depuis, précisément, la colonisation. Le retour de la religion et de l'ethnicité vont contre la laïcité qui avait présidé la construction de ces mêmes Etats-nations. La puissance militaire compte beaucoup moins. La société civile s'est éveillée, armée d'Internet, et les citoyens se veulent "actifs". De Gaulle, qui avait qualifié les Français de "veaux", a d'ailleurs lui-même, déjà, été sanctionné par cette évolution née en Mai 68.

Surtout, le pouvoir politique a perdu beaucoup de sa force avec la prépondérance des marchés et du capitalisme financier. L'économie n'est plus cette simple "intendance" et si la politique ne se fait pas à la corbeille, elle en est directement dépendante.

Pourtant la référence à 1958 n'est pas, non plus, complètement dénuée de fondement. La décision de confier à Philippe Séguin, président de la Cour des comptes, une "mission sur la croissance", comme de Gaulle avait commandé un rapport à Jacques Rueff et Louis Armand en 1958, donne l'occasion d'une comparaison.

Lorsqu'il revient au pouvoir, le 1er juin 1958, le Général a deux dossiers lourds sur son bureau : l'Algérie, en priorité, mais aussi l'Europe. Doit-il accepter le traité de Rome, qui doit entrer en vigueur le 30 décembre de cette année-là ? La France n'a plus rien en caisse et il a fallu aller aux Etats-Unis demander des crédits. Antoine Pinay, "l'homme de la confiance", qu'il nomme aux finances, prend des mesures immédiates d'emprunt, comme il l'avait fait en 1952. Mais il demande en parallèle à Jacques Rueff, économiste indépendant, d'établir un comité d'études.

Rueff aura un peu de mal avec son ministre parce qu'il réclame une dévaluation du franc, mais il va convaincre de Gaulle qu'il faut dire "oui" au Marché commun à la condition de lancer un vaste plan économique d'ensemble. Le Général est séduit par la cohérence de la pensée de l'expert, par ses considérations monétaires disons anti-dollar donc anti-américaines, et, sans doute, parce qu'il allait à l'encontre de ce que pensaient les partis politiques dominants et le patronat réunis.

Le plan Pinay-Rueff sera le plus radical lancé depuis 1926 et le plus libéral. Le traité de Rome fait basculer la clientèle de l'industrie française de l'Afrique vers l'Europe : révolution. Le franc est dévalué mais il ne le sera plus pendant onze ans. Rueff, très anti-keynésien, impose que la politique budgétaire devienne rigoureuse, mais sans dogme : les investissements publics grimpent de 26 % en 1959. Un deuxième rapport écrit avec Louis Armand, ingénieur des Mines, préconise d'abandonner les contrôles administratifs établis sous Vichy sur mille et une professions et de laisser libres les prix. Ce deuxième rapport qui heurte les clientélismes ne sera guère appliqué et beaucoup de professions restent aujourd'hui encore soumises à autorisation administrative.

On attend avec impatience du souverainiste Philippe Séguin (porte-parole du "non" à l'Europe de Maastricht) un rapport de cette eau-là... Il devrait conclure, en toute logique rueffienne, que la situation financière française est encore plus dégradée qu'en 1958, qu'il faut un "grand plan d'ensemble cohérent", une politique rigoureuse, que griller les rares cartouches budgétaires pour relancer le logement est inutile (ce que pensait déjà Rueff), qu'il est temps de libéraliser les secteurs protégés (les taxis !) et, surtout, qu'il faut faire porter tout l'effort sur l'investissement et non sur la demande des ménages.

A cette aune, le programme du gouvernement dit "paquet fiscal", qui consacre en gros 10 milliards d'euros à soutenir les ménages, va en sens contraire de ce qu'ont fait Rueff et de Gaulle. La France sarkozyenne, emprunteuse comme la IVe finissante, est désormais placée sous la peu coopérative surveillance de ses partenaires de l'eurozone, contrairement à ce qu'a fait accroire l'Elysée en début de semaine.

Le succès de 1958 est venu d'un radical et habile mélange, sans dogme, d'ouverture, de libéralisme, de rigueur et de soutien public de l'offre. Il faudrait ajouter fortement aujourd'hui des ingrédients nouveaux (innovation et PME), mais la ligne saint-simonienne de 1958 est la bonne. Puisse Nicolas Sarkozy être vraiment gaulliste version 1958.

(Cette chronique s'interrompt pendant l'été, et reprendra dans notre édition datée 2-3 septembre)


Eric Le Boucher
LE MONDE l'édition du 15.07.07
 
 
Commentaires (4)

1. sauveur 15/04/2008

je pense que l'on oublie le principal .en 1958 on devait tout reconstruire après la seconde guerre ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, et il fallait produire pour cela grâce à nous usines de métallurgie, les mines, etc...De nos jours de nouveaux noms sonnent (délocalisation, produire au moindre cout à l'étranger etc..)
La FRANCE n'est plus un pays de production car on importe tout (voir le déficit commercial)il ne faut pas s'étonner que cela va très MAL.
UN APPEL AUX FRANCAIS éviter de devenir pauvre préférer se passer de quelque chose que de vouloir s'endetter par des prêts à la consommation; ACHETER l'essentiel et laisser le superflus de coté et minimiser vos dépenses. CA FERA CERTAINEMENT REFLECHIR LES INDUSTRIELS, LES GRANDES SURFACES DE BAISSER LES PRIX

2. sauveur 15/04/2008

Pour ce qui concerne le déficit de la sécurité sociale

Tous les hommes politiques des partis confondus n'ont jamais pris les bonnes résolutions pour enrayer ce déficit au grand dame des laboratoires pharmaceutiques. La sage résolution est et sera dans l'avenir le conditionnement des médicaments à quoi cela sert de vendre une boite de 30 comprimés que seuls 10 comprimés sont suffisant. Nous devons introduire en FRANCE le négoce pharmaceutique c'est à dire que les pharmaciens ne vendront que le nombre de comprimés, gélules, sirop, etc... au besoin du malade. Aujourd'hui, les médicaments que la sécurité sociale rembourse, combien de ces médicaments ne sont pas consommés mais jetés. VOILA D'OU VIENT LE GACHISet L'ENRICHISSEMENT DES LABORATOIRES PHARMACEUTIQUES et c'est toujours l'assuré social qui paie la note.
Il y a des remèdes mais il faut avoir envie de les mettre en place c'est pour cela que nous vous élisons messieurs les politiques

3. sarah 20/05/2008

pétition pour la déstitution de sarkozy signez sur www.antisarkozysme.com

4. dfg 10/07/2009

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