La gauche peut proposer une
vraie politique migratoire qui ne consiste pas en une fermeture des
frontières, mesure simpliste et illusoire.
Nicolas Sarkozy est persuadé d’«avoir engagé un mouvement de réforme sans doute comme jamais depuis la Libération».Et pourtant les premiers résultats d’un échec annoncé sont là : échec
économique, angoisse financière et régression sociale. Mais l’homme qui
se présente comme celui de la «rupture» n’assume pas sa responsabilité
dans la situation actuelle. Notre modèle social est en effet en ligne
de mire. Il y aurait trop de fonctionnaires, de réglementations, de
salariés non mobiles et paresseux… Quand toutes ces attaques ne
suffisent pas, le bouc émissaire favori revient en force : l’étranger.
Nous n’avons jamais pensé que les frontières de la France devaient être
ouvertes à tout vent, que l’ensemble des sans-papiers présents à un
moment donné sur notre territoire devaient être régularisés.
Mais nous savons que la
seule répression n’est pas une solution à l’immigration. Un exemple :
que n’a-t-on applaudi, y compris à gauche, sur la fermeture de
Sangatte. Et pourtant ces hommes et ces femmes sont toujours là,
vivants dans des buissons, des voitures, des microbidonvilles, à Lille
et dans toute sa région.
Le vote d’une quatrième loi en moins de cinq ans n’est-il pas à lui seul un aveu d’échec ?
La philosophie est
toujours la même. La loi s’attaque à la dignité des personnes,
affaiblit les protections collectives et fait de l’arbitraire la règle
contre le droit. Il faut à la fois «choisir» son immigration et rendre
la vie des étrangers impossible. Ce second point est au cœur du texte
qui vient d’être voté à l’Assemblée nationale. C’est une nouvelle
charge contre le regroupement familial pour permettre au ministre
Hortefeux d’inscrire sa marque dans un débat qui, depuis plus de trente
ans maintenant, est le fonds de commerce d’une droite qui n’aime jamais
tant les étrangers que quand ils sont corvéables à merci, et gardent
leur famille à distance.
On le sait, la droite
aime la famille, mais la famille française. C’est pour cela qu’elle
cherche à se préserver des couples mixtes et des familles étrangères,
qui risqueraient de diluer cette fameuse identité nationale. Voilà
qu’on va demander des tests ADN aux étrangers pour prouver leur lien de
filiation. Cette mesure crée un malaise, y compris dans les rangs de
l’UMP. Malaise, dit-on ! Pourquoi pas scandale. Il est en effet
scandaleux d’utiliser les progrès de la génétique à des fins de
contrôles des entrants sur le territoire pour des raisons familiales.
La loi bioéthique encadre largement les tests ADN à des fins de
recherche, à des cas de santé extrêmes, ou bien à la demande de la
justice.
Vingt-trois
mille entrants par ce biais chaque année, quelques dizaines de cas de
fraude. Il faut bien sûr les contrôler et les sanctionner, mais pas
comme cela. Et que dire de la notion de la famille promue par ce texte,
réduite au lien du sang, alors que la loi française reconnaît
évidemment les enfants adoptés dans la famille et que Nicolas Sarkozy
souhaite reconnaître des droits «aux beaux-enfants» dans des familles
recomposées, mais bien sûr des familles françaises.
Alors, certains camarades socialistes nous appellent à rompre avec l’angélisme. Mais quel angélisme ?
Alors que fait-on pour apporter des réponses de fond à cette
immigration dont on ne dira jamais assez qu’elle n’est pas faite de
stocks et de flux, mais d’hommes et de femmes qui fuient la guerre, la
misère, et auxquels il a fallu un courage immense, une rage de vivre,
pour partir ainsi en laissant tout derrière eux. Alors, ne croyons pas
que les murs et les barbelés, aussi hauts soient-ils, pourront arrêter
ce mouvement. C’est là angélisme à le penser, ou simplisme à vouloir le
faire croire. Les Français sont capables de comprendre la complexité
d’un tel problème.
Quelques propositions
concrètes pour une vraie politique de l’immigration : renforcer l’aide
au développement, non pas seulement financière mais économique et en
matière de santé et d’éducation, en s’attaquant à ses causes ; conclure
des accords négociés et non imposés avec les pays d’origine sur les
politiques de visas, d’aller-retour des travailleurs qui sont sur notre
territoire ; engager des moyens de codéveloppement avec les mesures
d’accompagnement qui y sont liées ; assouplir largement la politique
des visas pour les étudiants ; rendre possible le droit de vivre en
famille par un regroupement familial clair, sachant que nous disposons
déjà de moyens pour empêcher l’entrée des familles polygames par
exemple. Regroupement familial qui doit bien sûr imposer l’acquisition
de la langue française et la connaissance des droits et devoirs de la
République. Qui le refuserait ? Régulariser largement sur certains
critères, comme l’Espagne et l’Italie l’ont fait, sans donner une prime
aux filières clandestines mais en reconnaissant ceux qui sont ici
depuis longtemps et qui font la preuve de leur insertion. La politique
actuelle crée sans cesse plus de précarité et donc d’étrangers en
situation irrégulière. Ce ne sont pas les coups de menton sur le retour
au pays de vingt-cinq milles expulsés par an, l’organisation de
véritables «rafles» ou les convocations des préfets - tancés par manque
de résultats chiffrés ! - qui résoudront la question. Combien de
défenestrations faudra-t-il pour que le gouvernement prenne la mesure
du désarroi de ces familles ?
Chaque homme, chaque
femme, chaque enfant étranger sur notre territoire a la même part
d’humanité en lui que nous-mêmes. Les Français le savent bien. Sinon
auraient-ils pleuré ces enfants morts dans les trains d’atterrissage
des avions ou dans des rafiots sombrant dans la mer aux portes de
l’Espagne ou de l’Italie ? Se seraient-ils autant mobilisés au sein du
Réseau Education sans frontières pour empêcher l’expulsion des parents
d’enfants scolarisés, les amis de leurs enfants, qu’ils ont voulu
traiter comme les leurs ?
Rappelons aux Français
ce que les étrangers nous ont apporté pour défendre et construire notre
pays. Disons-leur simplement que l’égoïsme des pays riches, la
non-répartition des richesses sont les causes essentielles du désespoir
menant vers l’immigration, ou parfois même vers le terrorisme.
Montrons-leur qu’un autre monde est possible. Pas celui de la loi du
plus fort, ici, en France, comme dans le monde. Celui de règles justes
et respectées alors par tous. La France n’a jamais été grande dans son
histoire lorsqu’elle a été repliée sur elle-même. Prenons garde à ne
pas raviver des peurs que Nicolas Sarkozy brandit pour masquer les
injustices et les erreurs de sa politique.
Ayons le courage de
porter des valeurs de solidarité et d’humanité. Une société plus
solidaire est aussi une société plus efficace, plus juste et plus
heureuse.
QUOTIDIEN : jeudi 4 octobre 2007
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