Abordons de façon positive les mouvements de population dans le monde qui vont en s’amplifiant.
La politique de
l’immigration voulue par Nicolas Sarkozy porte gravement atteinte au
crédit de la France dans le monde. Depuis des décennies, on s’est
habitué à considérer l’immigration (et pas seulement l’immigration
clandestine) comme un fardeau insupportable. Loi après loi, on
s’enfonce un peu plus dans la suspicion, la peur, le rejet. La vraie
question est : quelle relation voulons-nous pour demain entre
l’étranger et nous ? En ce début de XXIe siècle, la mondialisation
transforme les rapports dans l’espace : les distances se sont réduites,
les communications sont instantanées.
Dans ces conditions,
comment imaginer un monde dans lequel les capitaux et les informations
circuleraient librement tandis que les êtres humains seraient, pour le
plus grand nombre, voués à rester sur leur territoire d’origine ?
Regardons la réalité en face : les mouvements de population dans le
monde vont s’amplifier. Il faut donc aborder cette question
positivement. Force est de constater que l’immigration n’est pas en
volume le problème considérable que l’on dit. La proportion d’étrangers
sur notre territoire est stable depuis vingt-cinq ans, représentant
entre 5 % et 6 % de la population, soit un peu plus de 3 millions de
personnes pour un pays de 60 millions d’habitants. Et les étrangers en
situation irrégulière sont estimés à 400 000, soit 0,6 % de la
population. Il n’y a aucune vraie raison de vouloir durcir les
conditions de l’immigration légale, moins encore de pénaliser le
regroupement familial, si ce n’est une volonté d’affichage politique,
en réponse au trouble de l’opinion.
Force est surtout de
reconnaître que l’immigration n’est pas la cause de nos principales
difficultés. La France a commencé à fermer ses frontières en 1974,
quand elle a pris peur face à la crise économique mondiale. Depuis
cette date, le chômage a-t-il été enrayé ? Non. Il a augmenté. Certes,
comme le disait Michel Rocard : «La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde.» Mais, ajoutait-il, «elle doit en prendre toute sa part». La citation tronquée,
déformée, inlassablement rabâchée est à côté de la plaque. Nos
difficultés sont dues aux problèmes structurels de notre société :
manque de compétitivité de nos entreprises, investissement public
insuffisant en matière de recherche et d’innovation, aggravation de la
dette publique, déficit chronique de logements, difficultés de
l’appareil éducatif. Il ne s’agit pas de nier les problèmes réels de
cohabitation sur certains territoires, en particulier les banlieues en
difficulté. Il faut se donner les moyens de résoudre socialement,
économiquement et culturellement ces problèmes.
Vis-à-vis de
l’étranger, les dommages de la politique voulue par Nicolas Sarkozy
sont déjà grands. Les obstacles multipliés à l’immigration légale et
les expulsions ont pour seul résultat de conduire à des situations
inhumaines, dramatiques, et cette politique place les pays de départ en
situation impossible. De «l’immigration choisie» au discours de Dakar, en passant par
la politique verrouillée des visas, la France apparaît à nos
partenaires étrangers suspicieuse, frileuse et un tantinet xénophobe.
Et la droite réussit le tour de force de brouiller la France avec la
communauté francophone. On a bâti ou laissé se bâtir un préjugé, une
obsession, celle du «fléau de l’immigration», censée s’opposer à
l’identité nationale.
Il est grand temps,
pour la gauche, de ne pas faire sien ce diagnostic et de ne pas
souscrire trop vite à la méthode des quotas, solution illusoire qui n’a
rien résolu, ni en Amérique du Nord, ni dans l’Italie de Silvio
Berlusconi. Il est grand temps aussi de reprendre une politique de
régularisation réfléchie sur des critères justes, sans objectifs
chiffrés absurdes. L’expulsion devrait être l’exception. Notre premier
souci devrait être de faire rentrer ces étrangers dans le droit, dans
la légalité, bénéfique pour eux et pour toute la collectivité puisque
nous en ferions d’utiles contributeurs à la croissance de notre pays.
Enfin, l’aide au développement doit devenir un axe majeur de la
politique étrangère de la France, en coordination avec toute l’UE.
C’est la seule voie durable pour une réduction des inégalités au niveau
international, et donc la seule voie pour une politique globale, juste,
digne et responsable des migrations.
QUOTIDIEN : jeudi 4 octobre 2007
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