QUOTIDIEN : mardi 2 octobre 2007
Infinie détresse du boulevard de la Villette
Au midi de l’autre
lundi (le 24 septembre) que sa mort fut annoncée, nous l’avions laissée
là, Chiulan Liu, la «Chinoise sans papiers de 51 ans» qu’une autre
descente de police dont elle n’était même pas la cible avait fait, de
peur, se défenestrer le jeudi précédent. Nous l’avions laissée gisante
sur le trottoir du boulevard de la Villette, impair et passe, à trois
jets de pavé de l’école de la rue du Général-Lasalle, où, au printemps
dernier, se raflaient des miséreux aux yeux bridés comme ceux de
Chiulan Liu. Mais des expulsions de Chiulan, de Moussa, d’Ivan ou de
Fatima, Monsieur Hortefeux, préfet de l’identité nationale et la voix
de son maître, a décrété qu’il s’en ferait 25 000 pour la seule année
en cours.
(Pourquoi 25 000 ? - Parce que.)
Chiulan Liu, donc, qui
dut mourir pour être enfin nommée… En fin de journée de l’autre lundi,
quelques centaines de citoyens se sont retrouvés pour lui rendre
hommage, devant le 41 du boulevard de la Villette, et c’était
infiniment triste. L’endroit est laid, bordé de ces immeubles immondes
qui traduisirent en béton le baby-boom du siècle dernier, et n’incite
guère au rassemblement festif. Entre deux sessions de fruits et légumes
exotiques, la contre-allée accueille des marchés de voleurs minuscules,
mais jamais de vide-grenier (les pauvres n’ont pas de greniers). Ce
lundi-là, elle recueillait la foule ordinaire, à Belleville, des
indignés qui ne se résolvent pas. Une fois encore, ils criaient dans un
désert. Entre les banderoles du Réseau Education sans frontières et
celle du 9e Collectif des sans-papiers, ce sont des individus - peu de
jeunes - qui déambulent, le sourire las de se reconnaître toujours les
mêmes, qu’une prise de parole fédère encore, mais sans jamais
dissimuler que le compte n’y est pas. Chacun regarde dans les yeux de
l’autre une solitude, et, à son revers, une identité politique bricolée
à la main et à la maison, en badge ou en autocollant, comme une
survivance. Et c’est si désespéré, cette affaire, que l’essentiel des
propos échangés dans des groupes amorphes porte sur la date du décès de
Chiulan Liu : lundi matin, comme officiellement annoncé par des sources
policières, ou le vendredi soir précédent, comme le rapportait lundi, à
14 h 22, une dépêche de l’AFP ? Comme si nulle manifestation nationale
de sans-papiers prévue dans l’intervalle n’étant susceptible de prendre
appui sur le drame, un coup de fièvre complotiste - ou un peu de
paranoïa - pouvait nourrir ce vide politique d’une illusion de sens.
Deux, trois cars de
police stationnent à l’écart, à quelques centaines de mètres, comme
pour signifier qu’ils n’interviendront qu’au cas où…
Ce n’est pas Orwell,
c’est pire qu’Orwell. Accrochés à leur talkie-walkie, des
fonctionnaires des RG fonctionnent, qui ne se dissimulent même pas et
que personne n’interpelle. La rage s’autocontient. Hormis trois élus
locaux, tricolore en bandoulière, les représentants du peuple sont
aussi absents ici pour contester des rafles que leurs éminences, les
amendements génétiques sous les lambris des «palais de la République»,
comme on dit.
Sur ce trottoir comme
ailleurs, on en vient à se demander si, à s’afficher ainsi dans les
oripeaux de ses derniers feux, ce service minimum de la dignité contre
la barbarie n’est pas contre-productif. Perplexe, on pressent qu’à
terme, inéluctablement, il se débondera dans d’autres rassemblements,
moins civiques et moins résignés.
Ravageur dilemme de Bernard Kouchner
Considérant la proposition selon laquelle «le pire, c’est la guerre» - proposition à laquelle on peut
certainement adhérer -, admettons que c’est pour en rendre perceptible
le danger que le ministre Kouchner braqua dessus les feux de son
éloquence aux yeux très bleus. Admettons même que, assis sur sa légende
comme sur un sac de riz (dont la matière épouse le fessier aussi
confortablement qu’en son temps, le pouf de polystyrène compensé), le
ministre s’offusque avec sincérité de ce que nous doutons de ses
pacifistes proclamations. (D’où, derrière le fameux «le pire, c’est la guerre», la morgue exclamative tonnante du vocatif «Monsieur !» par quoi il apostrophait l’autre dimanche, sur le plateau de RTL-LCI- le Figaro, son intervieweur.) Admettons…
Il faudrait alors
admettre que ce que Kouchner n’admet pas, c’est d’être lui-même devenu
- et plus encore que son maître Sarkozy - ce «caniche de George Bush» que Tony Blair n’incarne plus.
Mais s’il n’est d’autre
alternative au nucléaire d’Ahmadinejad que «Munich», comme on l’entend
de plus en plus distinctivement murmurer, que ne l’admet-il, Bernard
Kouchner ? (Puis déclarera la guerre à Rangoun, et appellera au
boycottage des JO de Pékin.)
Malédiction de Guy Môquet (suite)
A quelque trois
semaines de la commémoration de l’exécution de Guy Môquet et de ses
26 «compagnons», le Snes, principal syndicat des enseignants du
secondaire, frémit. Dans le numéro à paraître éminemment de son organe,l’Université syndicaliste, il préconise en termes sinueux, face à «la prescription présidentielle», un «refus collectif par l’équipe éducative» de la cérémonie, et annonce qu’il «soutiendra toutes les démarches collectives allant dans ce sens».
Fort bien, chers camarades, mais quid des démarches individuelles ?
L’affaire demeure chaude, cependant, et son promoteur présidentiel n’a pas renoncé, lui, à son trafic de mémoire. Ainsi le Journal officiel du 26 septembre a-t-il annoncé la
modification du programme philatélique de l’an 2007, afin de mettre sur
le marché un timbre à l’effigie du jeune communiste. La cérémonie de
son oblitération spéciale «Premier Jour» aura lieu, précisent les
autorités philatéliques concernées, le 22 octobre en la mairie du
XVIIe arrondissement de Paris. Rappelons enfin à nos lecteurs et aux
syndicats enseignants, aux fins de mise en place d’un comité d’accueil,
que Nicolas Sarkozy se rendra ce jour-là réécrire l’histoire au voisin
lycée Carnot, sis au
145, boulevard Malesherbes, 75017.
Malédiction de Bernard Laporte (suite)
Il y avait eu ces
malheureuses initiatives excessivement propagandistes et mélangeuses de
genres qui virent le sélectionneur de l’équipe nationale de rugby se
faire dans les vestiaires le porte-parole de son copain président. Il y
avait eu ce nauséabond trafic de maillots dédicacés par le même et mis
en vente sur son site Internet, autre extension de son affairisme
polymorphe. Il y a encore (phase de jeu en cours), cet obscur jeu
d’écritures, qui voit le promoteur du jambon sous plastique organiser
sa propre concurrence autobiographique et vendre à deux éditeurs ses
souvenirs répétitifs dans ce que de mauvais esprits amateurs de chicane
qualifient d’autoplagiat.
Et tout ça, sans doute,
n’aurait guère ému la morale sportive ni le populo, sitôt acquise
l’accession de la sélection nationale au «dernier carré» des
demi-finalistes du mondial qu’elle dispute à domicile.
Las !… Cette
perspective a pris dimanche une assez vilaine rafale de plomb dans
l’aile ; et, par voie de conséquence directe, celle de voir Bernard
Laporte s’ouvrir un destin gouvernemental aussi.
(Ou ce serait à n’y rien comprendre.)
Plus cinq cents radars
par mois en 2008, annonce le Président qui aime bien les flics à
l’ancienne et les nouvelles technologies. «Pourquoi seulement cinq cents ?» demandait désabusé,
vendredi, chez le buraliste, cet acquéreur d’un ticket d’Euromillion.
Renseignement pris, il reste deux points sur son permis de conduire.
Douce matraqueuse
de nos consciences, la chaîne info sondait l’autre jour ses
internautes. Alors, Bertrand Cantat, après quatre années
d’incarcération, le libérer comme un prisonnier modèle et un citoyen
ordinaire, ou pas ? Pour les nau-nautes de LCI, ce fut non, à 63 %.
Chez les stratèges du groupe TF1, on appelle cela l’interactivité.
Dans son émission Répliques de France Culture, où il recevait samedi
Lionel Jospin, Alain Finkielkraut évoqua, dans un cri fielleux
de sa raison paradoxale, les «bobos antifascistes».
André Gorz et sa
compagne ici ; là, une famille d’honnêtes citoyens pendus dans leur
cave… Cumulé au déficit de la Sécu, au «moral des ménages» et à la
banalisation du suicide thérapeutique, l’air ambiant qui ne donne pas
envie fait craindre une épidémie de précoces fins de vie.
Charles Pasqua, sénateur cynique, s’est prononcé contre l’amendement ADN de Thierry Mariani.
|
Créer un site web gratuit avec E-monsite.com.
- Signaler un contenu illicite
- 351.68 ms.
Agenda Culturel - Videos Droles - Humour et Jeux - Clips musique - Cours création de site web - Faire un site