I
L’enjeu est de refaire de l’immigration une chance. Alors que la Terre est désormais comparée à un «village global» et que les déséquilibres Nord-Sud sont devenus abyssaux, la pression migratoire devrait atteindre des proportions inégalées au cours des prochaines années. Notre histoire prouve que l’immigration peut être une chance pour la France. Situé au carrefour de la Méditerranée et de l’Europe septentrionale, l’Hexagone a toujours été une zone de mélange et de brassage. Au cours des siècles, notre nation a profité des multiples apports de populations étrangères. Les individus qui quittent leurs pays, fuyant la faim, la guerre, la maladie, sont toujours conduits par l’énergie de construire, ailleurs, une vie meilleure. L’espoir qui les anime contribue ainsi à la prospérité de ceux qui les accueillent. Force est pourtant de constater que notre modèle d’intégration subit de sérieux revers depuis une trentaine d’années. La crise économique a relégué les dernières générations de migrants dans les quartiers les plus défavorisés de nos villes. En proie à l’échec scolaire et au chômage, une partie des jeunes issus de ces ghettos croient parfois trouver dans le repli communautaire ou dans la violence la solution à leur marginalisation. Il est donc nécessaire
de sortir d’un discours dogmatique et compassionnel pour construire les
bases d’une politique de gauche efficace en matière d’immigration.
Le premier moyen :
fidèle à son idéal de solidarité, la gauche doit améliorer sensiblement
les conditions d’accueil des populations d’origine immigrée. Ayons le
courage d’expliquer à nos compatriotes que des moyens considérables
doivent leur être consacrés ! Il faut s’attaquer au phénomène de
ghettoïsation en logeant les populations immigrées sur l’ensemble du
sol national. A cette fin, les mesures coercitives du type de
l’article 55 de la loi SRU doivent être renforcées. Il n’est pas
acceptable qu’un tiers des communes soumises à cette loi ne respecte
pas l’obligation de compter 20 % de logements sociaux sur leurs
territoires. Par ailleurs, il est indispensable d’augmenter massivement
les moyens consacrés à l’apprentissage du français. La connaissance de
notre langue n’est pas seulement une condition essentielle à l’accès à
l’emploi; elle est le socle à partir duquel le partage de notre culture
devient possible et le sentiment national devient réalité.
Enfin, il ne faut pas
craindre d’aborder la problématique des quotas même si cela nécessite
une révision de notre Constitution. Pour garantir l’insertion sociale
et économique des immigrés, il est indispensable, d’abord, de donner la
priorité à la qualification et à la formation de celles et ceux qui
arrivent sur notre sol.
Mais nos besoins et nos
capacités d’accueil devraient être évalués au préalable sur la base
d’un véritable pacte avec les partenaires sociaux. Comme l’expliquait
Michel Rocard dès 1990, «la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde». Pour qu’elle y prenne «fidèlement toute sa part», l’instauration de quotas fixant le
nombre annuel d’entrées par type de qualification serait un dispositif
équitable et efficace. Etablis dans la concertation avec les pays
d’émigration, ces quotas pourraient, par ailleurs, servir de base à une
coopération renforcée.
Les mesures en faveur
de l’accueil des populations d’origine immigrée doivent, en second
lieu, s’accompagner de dispositifs tendant à mieux encadrer les flux
migratoires. Pour convaincre nos compatriotes des bienfaits de
l’immigration, il est indispensable que celle-ci soit véritablement
contrôlée et organisée. De toute évidence, un encadrement efficace des
flux migratoires ne peut désormais s’envisager qu’au niveau européen.
Seuls une harmonisation des politiques de contrôle et un renforcement
des politiques européennes de codéveloppement pourront canaliser, sur
la durée, la pression migratoire.
Cette réalité ne doit
cependant pas empêcher de réfléchir à des dispositifs applicables dans
un cadre national. Sur ce plan, il est d’abord indispensable de
renoncer au principe de la régularisation systématique porté par
certaines associations. Ce genre de mesure crée des «appels d’air» qui
condamnent ceux qui les prennent à vouloir vider le tonneau des
Danaïdes. Il faut donc assumer une politique de reconduite aux
frontières dans le respect du droit et des personnes. Il faut, par
contre, définir des critères cohérents entre eux, lisibles par tous et
appliqués de manière identique sur tout le territoire pour l’obtention
des titres de séjour. Il n’est pas acceptable que les règles soient
interprétées de manières différentes selon les préfectures et
aboutissent à la situation absurde du «ni expulsable, ni régularisable».
Trop longtemps, en
matière d’immigration, la gauche s’est trouvée ballottée entre le
discours de la droite et celui des associations. Alors que le projet de
loi Hortefeux nie le droit de la famille, remet en cause les fondements
de nos lois bioéthiques et assimile l’immigré à un délinquant, il est
grand temps que la gauche pose enfin les bases de sa propre politique
en ce domaine. C’est en surmontant ce genre de défi qu’elle parviendra
à convaincre nos concitoyens de sa capacité à se rénover.
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