Un étranger reste un étranger, par Dominique Dhombres
onsieur
Joseph avait tout fait pour être comme les autres, pour se fondre dans
le décor, en quelque sorte. Il avait abandonné depuis longtemps le
prénom de "Youssef", qu'il tenait de son père, jadis maréchal ferrant à
Tizi Ouzou, en Algérie. Il mangeait du porc, buvait du vin et allait
chaque matin prendre son café avec les habitués, sur la place du
Vieux-Marché, dans une petite ville du Nord, où il avait ouvert un
commerce de livres anciens. Lors de l'indépendance de l'Algérie, il
avait délibérément choisi le pays de sa mère, la France, et se
rassurait lorsqu'on le saluait dans la rue. Ces petits signes de
reconnaissance étaient très importants pour lui, comme la preuve d'une
intégration réussie. "Je suis le doyen de la place du Vieux-Marché.
Je vais bientôt fêter mes quarante-cinq ans de présence ici. On peut
dire que je suis des vôtres", écrit-il au commissaire de police.
En fait, non. Le film d'Olivier Langlois, "Monsieur Joseph", diffusé
mercredi 19 septembre sur France 2, est l'histoire de cette
désillusion. Il suffit que la femme de Monsieur Joseph disparaisse
mystérieusement pour que tous ces liens, tissés depuis des décennies,
se défassent en quelques jours. Le café où il avait ses habitudes lui
est désormais fermé, les conversations s'arrêtent dès qu'il arrive, il
est redevenu un étranger.